Extrait du livre Petite chose
Petite chose de Claire Beuve et Joséphine Forme aux éditions du Pourquoi Pas
Petite chose
Elle fait douce, innocente, charmante. Sois docile, souriante, avenante Et nous serons fiers de toi. Elle semble calme, paisible, tranquille. Réponds oui quand on te posera des questions. Et tu seras l’honneur de notre maison.
Elle tremble, étouffe, se noie. Personne ne la voit Personne ne lui parle. Ce salon doré est sa prison. Maquillée, parée, ornée Comme une jolie poupée. C’est le jour de son mariage. Avec ce riche cousin d’un pays lointain Cet homme qu’elle n’a jamais vu, même de loin. Elle est pâleur, peur, terreur. Au centre de la pièce, un voile sur le visage On l’expose, on en dispose, on l’oublie. Comment s’enfuir, s’échapper, se libérer ? Lirait-elle dans ses pensées ? « N’y songe même pas », lui glisse sa tante.
Ses yeux supplient, implorent. « Depuis toujours c’est ainsi. Tu vas avoir un bon mari. » Elle revoit les visages de ses amis. « Comme pour ta mère et pour moi. Et toutes les autres avant nous ! » Hier encore elle allait au collège... « Ton sang a coulé. Tu enfanteras une belle lignée. » Hier encore elle riait au bord de la rivière... « Ton père signera pour toi, Ensuite ton époux t’emmènera. » Hier encore elle avait des rêves... « Treize ans c’est le bon âge. Souris Linh, il arrive. »

























