Extrait du livre Fidèles éléphants
Fidèles éléphants de Yukio Tsuchiya et Bruce Roberts aux éditions Les 400 coups.
Fidèles éléphants
Les cerisiers sont en fleurs au jardin zoologique de Ueno. Les fleurs brillent au soleil, et des pétales tombent doucement au gré de la brise. Sous les cerisiers, la foule se presse aux guichets du zoo en cette magnifique journée. Sur une place, deux éléphants font leur numéro devant un auditoire émerveillé. Ils marchent sur de larges poutres tout en soufflant dans des trompettes jouets avec leurs trompes.
Non loin de cette place animée s’élève un monument funéraire que peu de gens remarquent. Ce monument a été érigé à la mémoire des animaux mort s au jardin zoologique de Ueno. L’endroit est particulièrement paisible, et le soleil en réchauffe le moindre recoin. Un jour, tout en polissant la pierre avec tendresse, un employé du zoo m’a raconté la triste histoire de trois éléphants enterrés en ce lieu. « Maintenant, dit-il, nous avons trois éléphants au zoo. Il y a quelques années, pendant la guerre, nous en avions aussi trois, mais ce n’étaient pas les mêmes. Ils s’appelaient John, Tonky et Wanly. Avec le temps, la guerre gagnait en violence et en intensité. Telle une pluie mortelle, des bombes tombaient jour et nuit sur Tokyo. »
Que se passerait-il si des bombes frappaient le zoo ? se demandaient certains. Ce serait terrible si les cages étaient abîmées et que de dangereux animaux s’échappaient dans la ville ! C’est pourquoi l’armée ordonna de tuer tous les lions, les tigres, les léopards, les ours et les grands serpents en le s'empoisonnant.
Puis vint le temps de supprimer les éléphants. On décida de commencer par John. Comme celui-ci adorait les pommes de terre, ses gardiens mêlèrent des pommes de terre empoisonnées à sa ration quotidienne. Cependant, John était un éléphant très futé. Il mangea les pommes de terre saines mais, chaque fois qu’avec sa trompe il en portait une empoisonnée à sa bouche, il la jetait par terre et... ploc ! « Nous n’avons pas le choix, dirent alors les gardiens du zoo. Nous devons lui injecter le poison directement dans le corps. » Ils préparèrent une grosse seringue, comme celles que l’on utilise pour les chevaux. Mais la peau de John était si dure et si épaisse que les aiguilles se brisaient les unes après les autres avec un bruit sec. Comprenant que cette méthode était vouée à l’échec, les gardiens se résignèrent à laisser l’éléphant mourir de faim.

























