Extrait du livre Le peuple des sardines
Jadis, les sardines poussaient en toute insouciance sur des sardiniers.
Elles naissaient dans des boîtes, bien tassées. Elles se tenaient chaud. On les cueillait encore vertes, avant que les boîtes ne s’ouvrent. Les hommes aussi font ça.
L’été, période de floraison, était attendu avec fébrilité ; Les plantations faisaient l’objet du plus grand soin. Or, jadis, il y avait aussi des petits inconscients. C’était le cas de Maurice. Il berçait depuis sa plus tendre enfance le doux rêve de posséder un arbre à sardines.
Mais seul l’État avait le droit de faire pousser cette denrée rare aux exigences si particulières. Maurice berçait pourtant son rêve, et, le jour de ses 41 ans, il décida qu’il n’avait que faire de l’état.
Il planta. Il arrosa. Le 23 mars à 22h27, Maurice vola une bouture de sardinier.
Et il attendit. Mais Maurice était un petit inconscient, je l’ai dit plus haut. Le 2 juillet, il partit en vacances à la montagne, puisqu’il habitait près de la mer.
C’est alors que l’irréparable se produisit. Les sardines de Maurice étaient en avance.


























