>   Les Trois Mousquetaires - Tome 2
Les Trois Mousquetaires - Tome 2

Les Trois Mousquetaires - Tome 2

13-15 ans - 100 pages, 67688 mots | 8 heures 05 minutes de lecture
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Les Trois Mousquetaires - Tome 2

13-15 ans - 8 heures 05 minutes

Les Trois Mousquetaires - Tome 2

Humour, joie de vivre, grandeur et mystère. Emmenés par la verve prodigieuse de Dumas, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis tentent de déjouer les intrigues du cardinal de Richelieu et de la redoutable Milady. Rusés et courageux, la répartie aussi tranchante que le coup d'épée, les quatre mousquetaires les plus célèbres de France courent d'embûches en coups d'éclat. Depuis deux siècles, ce grand roman plein de panache n'a pas pris une ride.


Chapitres 45 à 67

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Extrait du livre Les Trois Mousquetaires - Tome 2

Les trois mousquetaires - chapitres 45 à 67 d'Alexandre Dumas


CHAPITRE XLV : Scène conjugale Comme l’avait prévu Athos, le cardinal ne tarda point à descendre ; il ouvrit la porte de la chambre où étaient entrés les mousquetaires et trouva Porthos faisant une partie de dés acharnée avec Aramis. D’un coup d’œil rapide il fouilla tous les coins de la salle et vit qu’un de ses hommes lui manquait. – Qu’est devenu M. Athos ? demanda-t-il. – Monseigneur, répondit Porthos, il est parti en éclaireur sur quelques propos de notre hôte qui lui ont fait croire que la route n’était pas sûre. – Et vous, qu’avez-vous fait, monsieur Porthos ? J’ai gagné cinq pistoles à Aramis. – Et maintenant vous pouvez revenir avec moi ? – Nous sommes aux ordres de Votre Éminence. – À cheval donc, messieurs, car il se fait tard. L’écuyer était à la porte et tenait en bride le cheval du cardinal. Un peu plus loin, un groupe de deux hommes et de trois chevaux apparaissaient dans l’ombre ; ces deux hommes étaient ceux qui devaient conduire milady au fort de la Pointe et veiller à son embarquement. L’écuyer confirma au cardinal ce que les deux mousquetaires lui avaient déjà dit à propos d’Athos. Le cardinal fit un geste approbateur et reprit la route, s’entourant au retour des mêmes précautions qu’il avait prises au départ. Laissons-le suivre le chemin du camp protégé par l’écuyer et les deux mousquetaires, et revenons à Athos. Pendant une centaine de pas, il avait marché de la même allure ; mais une fois hors de vue, il avait lancé son cheval à droite avait fait un détour et était revenu guetter dans le taillis le passage de la petite troupe ; puis ayant reconnu les chapeaux bordés de ses compagnons et la frange dorée du manteau de M. le cardinal, il attendit que les cavaliers eussent tourné l’angle de la route, et les ayant perdus de vue, il revint au galop à l’auberge, qu’on lui ouvrit sans difficulté. L’hôte le reconnut. – Mon officier, dit Athos, a oublié de faire à la dame du premier une recommandation importante et il m’envoie pour réparer son oubli. – Montez, dit l’hôte, elle est encore dans sa chambre. Athos profita de la permission, monta l’escalier de son pas le plus léger, arriva sur le carré et à travers la porte entrouverte, il vit milady qui attachait son chapeau. Il entra dans la chambre et referma la porte derrière lui. Athos était debout devant la porte, enveloppé dans son manteau, son feutre rabattu sur ses yeux. En voyant cette figure muette et immobile comme une statue, milady eut peur. – Qui êtes-vous et que demandez-vous ? s’écria-t-elle. – Allons, c’est bien elle ! murmura Athos. – Et laissant tomber son manteau et relevant son chapeau, il s’avança vers milady. – Me reconnaissez-vous, madame ? dit-il. Milady fit un pas en avant, puis recula comme à la vue d’un serpent. – Allons, dit Athos, c’est bien, je vois que vous me reconnaissez. – Le comte de La Fère ! murmura milady en pâlissant et en reculant jusqu’à ce que la muraille l’empêchât d’aller plus loin. – Oui, milady, répondit Athos, le comte de La Fère en personne, qui revient tout exprès de l’autre monde pour avoir le plaisir de vous voir. Asseyons-nous donc et causons, comme dit M. le cardinal. Milady dominée par une terreur inexprimable, s’assit sans proférer une seule parole. – Vous êtes un démon envoyé sur la terre, dit. Athos ; votre puissance est grande, je le sais, mais vous savez aussi qu’avec l’aide de Dieu les hommes ont souvent vaincu les démons les plus terribles. Vous vous êtes déjà trouvée sur mon chemin, je croyais vous avoir terrassée, madame ; mais, ou je me trompai, ou l’enfer vous a ressuscitée. Milady, à ces paroles qui lui rappelaient des souvenirs effroyables, baissa la tête avec un gémissement sourd. – Oui, l’enfer vous a ressuscitée, reprit Athos, l’enfer vous a, faite riche, l’enfer vous a donné un autre nom, l’enfer vous a presque refait même un autre visage, mais il n’a effacé ni les souillures de votre âme ni la flétrissure de votre corps. – Milady se leva comme mue par un ressort, et ses yeux lancèrent des éclairs. Athos resta assis. – Vous me croyiez mort, n’est-ce pas, comme je vous croyais morte, et ce
nom d’Athos avait caché le comte de La Fère comme le nom de milady de Winter avait caché Anne de Breuil ? N’était-ce ainsi que vous vous appeliez quand votre honoré frère nous a mariés ? Notre position est vraiment étrange poursuivit Athos en riant ; nous n’avons vécu jusqu’à présent l’un et l’autre que parce que nous nous croyions morts et qu’un souvenir gêne moins qu’une créature quoique ce soit chose dévorante parfois qu’un souvenir. – Mais enfin, dit milady d’une voix sourde, qui vous ramène vers moi et que me voulez-vous ? – Je veux vous dire que tout en restant invisible à vos yeux, je ne vous ai pas perdue de vue, moi ! – Vous savez ce que j’ai fait ? – Je puis vous raconter jour par jour vos actions depuis votre entrée au service du cardinal jusqu’à ce soir. Un sourire d’incrédulité passa sur les lèvres pâles de milady. – Écoutez. C’est vous qui avez coupé les deux ferrets de diamants sur l’épaule du duc de Buckingham ; c’est vous qui avez fait enlever Mme Bonacieux ; c’est vous qui, amoureuse de Wardes, et croyant le recevoir, avez ouvert votre porte à d’Artagnan ; c’est vous qui, croyant que de Wardes vous avait trompée, avez voulu le faire tuer par son rival ; c’est vous qui, lorsque ce rival eût découvert votre infâme secret, avez voulu le faire assassiner à son tour par deux meurtriers que vous avez envoyés à sa poursuite ; c’est vous qui, voyant que les balles avaient manqué leur coup, avez envoyé du vin empoisonné avec une fausse lettre, pour faire croire à votre victime que ce vin venait de ses amis ; c’est vous enfin qui venez là, dans cette chambre, assise sur cette chaise où je suis assis, de prendre avec le cardinal de Richelieu l’engagement de faire assassiner le duc de Buckingham, en échange de la promesse qu’il vous a faite de vous laisser assassiner d’Artagnan. Milady était livide. – Mais vous êtes donc Satan ! dit-elle. – Peut-être, dit Athos, mais en tout cas écoutez bien ceci : assassinez ou faites assassiner le duc de Buckingham, peu m’importe, je ne le connais pas, d’ailleurs c’est l’ennemi de la France ; mais ne touchez pas à un seul cheveu de d’Artagnan, qui est un fidèle ami que j’aime et que je défends, ou, je vous le jure par la tête de mon père, le crime que vous aurez essayé de commettre ou que vous aurez commis sera le dernier. – M. d’Artagnan m’a cruellement offensée, dit milady d’une voix sourde ; M. d’Artagnan mourra. – En vérité, cela est-il possible qu’on vous offense, madame ? dit en riant Athos ; il vous a offensée et il mourra ? – Il mourra ! reprit milady ; elle d’abord, lui ensuite ! Athos fut saisi comme d’un vertige ; la vue de cette créature qui n’avait rien d’une femme lui rappelait des souvenirs terribles ; il pensa qu’un jour, dans une situation moins dangereuse que celle où il se trouvait, il avait déjà voulu la sacrifier à son honneur ; son désir de meurtre lui revint brûlant et l’envahit comme une fièvre ardente ; il se leva à son tour, porta la main à sa ceinture, en tira un pistolet et l’arma. Milady, pâle comme un cadavre, voulut crier, mais sa langue glacée ne put proférer qu’un son rauque qui n’avait rien de la parole humaine et qui semblait le râle d’une bête fauve ; collée contre la sombre tapisserie, elle apparaissait les cheveux épars comme l’image effrayante de la terreur. Athos leva lentement son pistolet, étendit le bras de manière à ce que l’arme touchât presque le front de milady, puis d’une voix d’autant plus terrible qu’elle avait le calme suprême d’une inflexible résolution : – Madame, dit-il, vous allez à l’instant même me remettre le papier que vous a signé le cardinal, ou, sur mon âme, je vous fais sauter la cervelle. Avec un autre homme, milady aurait pu conserver quelque doute ; mais elle connaissait Athos. Cependant elle resta immobile. – Vous avez une seconde pour vous décider, dit-il. Milady vit à la contraction de son visage que le coup allait partir ; elle porta vivement la main à sa poitrine, en tira un papier, et le tendit à Athos. – Tenez, dit-elle, et soyez maudit ! Athos prit le papier, repassa le pistolet à sa ceinture, s’approcha de la lampe pour s’assurer que c’était bien celui-là, le déplia et lut : « C’est par mon ordre et pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait. 3 décembre 1627. Richelieu. » – Et maintenant, dit Athos en reprenant son manteau et en replaçant son feutre sur sa tête, maintenant que je t’ai arraché les dents, mords si tu peux, vipère ! Et il sortit de la chambre sans même regarder derrière lui. À la porte de l’auberge il trouva les deux hommes et le cheval qu’ils
tenaient en main. – Messieurs, dit-il, l’ordre de monseigneur, vous le savez, est de conduire cette femme, sans perdre de temps, au fort de la Pointe et de ne la quitter que lorsqu’elle sera à bord. Comme ces paroles s’accordaient effectivement avec l’ordre qu’ils avaient reçu, ils inclinèrent la tête en signe d’assentiment. Quant à Athos il se mit légèrement en selle et partit au galop. Seulement, au lieu de suivre la route, il prit à travers champs, piquant avec vigueur son cheval et de temps en temps s’arrêtant pour écouter. Dans une de ces haltes, il entendit sur la route le pas de plusieurs chevaux. Il ne douta point que ce ne fût le cardinal et son escorte. Aussitôt il fit une nouvelle pointe en avant, bouchonna son cheval avec de la bruyère et des feuilles d’arbres et vint se mettre en travers de la route, à deux cents pas du camp à peu près. – Qui vive ? cria-t-il de loin quand il aperçut les cavaliers. – C’est notre brave mousquetaire, je crois, dit le cardinal. – Oui, monseigneur, répondit Athos, c’est lui-même. – Monsieur Athos, dit Richelieu, recevez tous mes remerciements pour la bonne garde que vous nous avez faite. Messieurs, nous voici arrivés ; prenez la porte à gauche ; le mot d’ordre est Roi et Ré. En disant ces mots, le cardinal salua de la tête les trois amis et prit à droite, suivi de son écuyer, car cette nuit-là, lui-même couchait au camp. – Eh bien ! dirent ensemble Porthos et Aramis lorsque le cardinal fut hors de la portée de la voix ; eh bien ! il a signé le papier qu’elle demandait. – Je le sais, dit tranquillement Athos, puisque le voici. Et les trois amis n’échangèrent plus une seule parole jusqu’à leur quartier, excepté pour donner le mot d’ordre aux sentinelles. Seulement on envoya Mousqueton dire à Planchet que son maître était prié, en relevant de tranchée, de se rendre à l’instant même au logis des mousquetaires. D’un autre côté, comme l’avait prévu Athos, milady, en retrouvant à la porte les hommes qui l’attendaient, ne fit aucune difficulté de les suivre ; elle avait bien eu envie un instant de se faire reconduire devant le cardinal et de lui tout raconter, mais une révélation de sa part amenait une révélation de la part d’Athos ; elle dirait bien qu’Athos l’avait pendue, mais Athos dirait qu’elle était marquée ; elle pensa qu’il valait donc encore mieux garder le silence, partir discrètement, accomplir avec son habileté ordinaire la mission difficile dont elle, s’était chargée ; puis, toutes choses accomplies à la satisfaction du cardinal, venir lui réclamer sa vengeance. En conséquence, après avoir voyagé toute la nuit, à sept heures du matin elle était au fort de la Pointe ; à huit heures elle était embarquée, et à neuf heures le bâtiment qui, avec des lettres de marque du cardinal, était censé être en partance pour Bayonne, levait l’ancre et faisait voile pour l’Angleterre.
CHAPITRE XLVI : Le bastion de Saint-Gervais En arrivant chez les trois amis, d’Artagnan les trouva réunis dans la même chambre. Athos réfléchissait, Porthos frisait sa moustache, Aramis disait ses prières dans un charmant petit livre d’heures relié en velours bleu. – Pardieu ! dit-il, messieurs, j’espère que ce que vous avez à me dire en vaut la peine, autrement je ne vous pardonnerais pas de m’avoir fait venir, au lieu de me laisser reposer après une nuit passée à prendre et à démanteler un bastion. Ah ! que n’étiez-vous là, messieurs ! il y a fait chaud ! – Nous étions ailleurs où il ne faisait pas froid non plus, répondit Porthos tout en faisant prendre à sa moustache un pli qui lui était particulier. – Chut ! dit Athos. – Oh ! oh ! fit d’Artagnan, comprenant le léger froncement de sourcil du mousquetaire il paraît qu’il y a du nouveau ici ? – Aramis, dit Athos, vous avez été déjeuner avant-hier à l’auberge du Parpaillot, je crois ? – Oui. – Comment est-on la ? – Mais j’y ai fort mal mangé pour mon compte : avant-hier était jour maigre, et ils n’avaient que du gras. – Comment ! dit Athos, dans un port de mer, ils n’ont pas de poisson ? – Ils disent, reprit Aramis en se remettant à sa pieuse lecture, que la digue que fait bâtir M. le cardinal chasse les poissons en pleine mer. – Mais ce n’est pas cela que je vous demandais, Aramis, reprit Athos, je vous demandais si vous aviez été bien libre, et si personne ne vous avait dérangé ? – Mais il me semble que nous n’avons pas eu trop d’importuns. Oui, au fait, pour ce que vous voulez dire, Athos, nous serons assez bien au Parpaillot. – Allons donc au Parpaillot, dit Athos, car ici les murailles sont comme des feuilles de papier. D’Artagnan, qui était habitué aux manières de faire de son ami et qui reconnaissait tout de suite à une parole, à un geste, à un signe de celui-ci que les circonstances étaient graves, prit le bras d’Athos et sortit avec lui sans rien dire. Porthos suivit en devisant avec Aramis. En route on rencontra Grimaud, Athos lui fit signe de suivre. Grimaud, selon son habitude, obéit en silence ; le pauvre, garçon avait à peu près fini par désapprendre de parler. On arriva à la buvette de Parpaillot. Il était sept heures du matin, le jour commençait à paraître, les trois amis commandèrent à déjeuner et entrèrent dans une salle où, au dire de l’hôte, ils ne devaient pas être dérangés. Malheureusement l’heure était mal choisie pour un conciliabule. On venait de battre la diane, chacun secouait le sommeil de la nuit et, pour chasser l’air humide du matin, venait boire la goutte à la buvette ; dragons, suisses, gardes, mousquetaires, chevau-légers, se succédaient avec une rapidité qui devait très bien faire les affaires de l’hôte, mais qui remplissait fort mal les vues des quatre amis ; aussi répondaient-ils d’une manière fort maussade aux saluts, aux tostes et aux lazzis de leurs compagnons. – Allons, dit Athos, nous allons nous faire quelque bonne querelle, et nous n’avons pas besoin de cela en ce moment. D’Artagnan, racontez-nous votre nuit, nous vous raconterons la nôtre après. – En effet, dit un chevau-léger qui se dandinait en tenant à la main un verre d’eau-de-vie qu’il dégustait lentement ; en effet, vous étiez de tranchée, messieurs les gardes, et il me semble que vous avez eu maille à partir avec les Rochelois. D’Artagnan regarda Athos pour savoir s’il devait répondre à cet intrus qui se mêlait à la conversation. – Eh bien ! dit Athos, n’entends-tu pas M. de Busigny qui te fait l’honneur de t’adresser la parole ? raconte ce qui s’est passé cette nuit, puisque ces messieurs désirent le savoir. – N’avre-bous bas bris un bastion ? demanda un Suisse qui buvait du rhum dans un verre à bière. – Oui, monsieur, répondit d’Artagnan en s’inclinant, nous avons eu cet honneur ; nous avons même, comme vous avez pu l’entendre, introduit sous un des angles un baril de poudre qui, en éclatant a fait une fort jolie brèche, sans compter que, comme le bastion n’était pas d’hier, tout le reste de la bâtisse s’en est trouvé fort ébranlé. – Et quel bastion est-ce ? demanda un dragon qui tenait enfilée à son sabre une oie qu’il apportait pour qu’on la fît cuire. – Le bastion Saint-Gervais, répondit d’Artagnan, derrière lequel les Rochelois inquiétaient nos travailleurs. – Et l’affaire a été chaude ?
– Mais oui. Nous y avons perdu cinq hommes et les Rochelois huit ou dix. – Balzampleu ! fit le Suisse, qui, malgré l’admirable collection de jurons que possède la langue allemande, avait pris l’habitude de jurer en français. – Mais il est probable, dit le chevau-léger, qu’ils vont ce matin envoyer des pionniers pour remettre le bastion en état. – Oui, c’est probable, dit d’Artagnan. – Messieurs, dit Athos, un pari. – Ah ! foui, un bari, dit le Suisse. – Lequel ? demanda le chevau-léger. – Attendez, dit le dragon en posant son sabre comme une broche sur les deux grands chenets de fer qui soutenaient le feu de la cheminée, j’en suis. Hôtelier de malheur, une lèchefrite tout de suite, que je ne perde pas une goutte de la graisse de cette estimable volaille. – Il avre raison, dit le Suisse, la graisse t’oie il est très ponne avec des gonfidures. – Là, dit le dragon. Maintenant, voyons le pari. Nous écoutons, monsieur Athos. – Oui, le pari, dit le chevau-léger. – Eh bien ! monsieur de Busigny, je parie avec vous, dit Athos, que mes trois compagnons, MM. Porthos, Aramis, d’Artagnan et moi, nous allons déjeuner dans le bastion Saint-Gervais et que nous y tenons une heure montre à la main, quelque chose que fasse l’ennemi pour nous déloger. Porthos et Aramis se regardèrent ; ils commençaient à comprendre. – Mais, dit d’Artagnan en se penchant à l’oreille d’Athos, tu vas nous faire tuer sans miséricorde. – Nous sommes bien plus tués, répondit Athos, si nous n’y allons pas. – Ah ! ma foi, messieurs, dit Porthos, en se renversant sur sa chaise et en frisant sa moustache, voici un beau pari, j’espère. – Aussi je l’accepte, dit M. de Busigny. Maintenant, il s’agit de fixer l’enjeu. – Mais vous êtes quatre, messieurs, dit Athos, nous sommes quatre ; un dîner à discrétion pour huit, cela vous va-t-il ? – À merveille, reprit M. de Busigny. – Parfaitement, dit le dragon. – Ça me fa, dit le Suisse. Quant au quatrième auditeur, qui dans toute cette conversation avait joué un rôle muet, il fit un signe de la tête en preuve qu’il acquiesçait à la proposition. – Le déjeuner de ces messieurs est prêt, dit l’hôte. – Eh bien ! apportez-le, dit Athos. L’hôte obéit ; Athos appela Grimaud, lui montra un grand panier qui gisait dans un coin, et fit le geste d’envelopper dans les serviettes les viandes apportées. Grimaud comprit à l’instant même qu’il s’agissait d’un déjeuner sur l’herbe ; il s’empara du panier, empaqueta les viandes, y joignit les bouteilles et prit le panier à son bras. – Mais où allez-vous manger mon déjeuner ? dit l’hôte. – Que vous importe, dit Athos, pourvu qu’on vous le paie. Et il jeta majestueusement deux pistoles sur la table. – Faut-il vous rendre, mon officier ? dit l’hôte. – Non ajoute seulement deux bouteilles de vin de Champagne, et la différence sera pour les serviettes. L’hôte ne faisait pas une si bonne affaire qu’il l’avait cru d’abord, mais il se rattrapa en glissant aux quatre convives deux bouteilles de vin d’Anjou au lieu de deux bouteilles de vin de Champagne. – Monsieur de Busigny, demanda Athos ; voulez-vous bien régler votre montre sur la mienne, ou me permettre de régler la mienne sur la vôtre ? – À merveille, monsieur, répondit le chevau-léger en tirant de son gousset une fort belle montre entourée de diamants ; sept heures et demie. – Sept heures trente-cinq minutes, dit Athos ; nous saurons que j’avance de cinq minutes, monsieur. Et saluant les assistants ébahis, les quatre jeunes gens prirent le chemin du bastion Saint-Gervais, suivis de Grimaud, qui portait le panier, ignorant où il allait, mais, dans l’obéissance passive dont, il avait pris l’habitude, ne songeant pas même à le demander. Tant qu’ils furent dans l’enceinte du camp les quatre amis n’échangèrent pas une parole ; d’ailleurs ils étaient suivis par les curieux qui, connaissant le pari engagé, voulaient savoir comment ils s’en tireraient ; mais une fois qu’ils eurent franchi la ligne de circonvallation et qu’ils se trouvèrent en plein air, d’Artagnan, qui ignorait complètement ce dont il s’agissait, crut qu’il était temps de demander une explication. – Et maintenant, mon ; cher Athos, dit-il, faites-moi l’amitié de
m’apprendre où nous allons. – Vous le voyez bien répondit Athos, nous allons au bastion. – Mais qu’y allons-nous faire ? – Vous le savez bien, nous y allons déjeuner. – Mais pourquoi n’avons-nous pas déjeuné au Parpaillot ? – Parce que nous avons des choses fort importantes à nous dire et qu’il était impossible de causer cinq minutes dans cette auberge avec tous ces importuns, qui vont, qui viennent, qui saluent, qui accostent. Ici au moins, continua Athos en montrant le bastion, on ne viendra pas nous déranger. – Il me semble, dit d’Artagnan avec cette prudence qui s’alliait si bien et si naturellement chez lui à une excessive bravoure, il me semble que nous aurions pu trouver quelque endroit écarté dans les dunes, au bord de la mer. – Où l’on nous aurait vus conférer tous les quatre ensemble, de sorte qu’au bout d’un quart d’heure le cardinal eût été prévenu par ses espions que nous tenions conseil. – Oui, observa Aramis, Athos a raison : Animadvertuntur in desertis. – Un désert n’aurait pas été mal, dit Porthos, mais il s’agissait de le trouver. – Il n’y a pas de désert où un oiseau ne puisse passer au-dessus de la tête, où un poisson ne puisse sauter au-dessus de l’eau, où un lapin ne puisse partir de son gîte, et je crois qu’oiseau, poisson, lapin, tout s’est fait espion du cardinal. Mieux vaut donc poursuivre notre entreprise, devant laquelle d’ailleurs nous ne pouvons plus reculer sans honte ; nous avons fait un pari, un pari qui ne pouvait être prévu et dont je défie qui que ce soit de deviner la véritable cause. Nous allons, pour le gagner, tenir une heure dans le bastion. Ou nous serons attaqués, ou nous ne le serons pas : si nous ne le sommes pas, nous aurons tout le temps de causer, et personne ne nous entendra, car je réponds que les murs de ce bastion n’ont pas d’oreilles ; si nous le sommes, nous n’en causerons pas moins de nos affaires, et de plus, tout en nous défendant, nous nous couvrons de gloire ; vous voyez bien que tout est bénéfice. – Oui, répliqua d’Artagnan, mais nous attraperons indubitablement une balle. – Eh, mon cher ! dit Athos, vous savez bien que les balles les plus à craindre ne sont pas celles de l’ennemi. – Mais il me semble que pour une pareille expédition, reprit Porthos, nous aurions dû au moins emporter nos mousquets. – Vous êtes un niais, ami Porthos ; pourquoi nous charger d’un fardeau inutile ? – Je ne trouve pas inutile en face de l’ennemi un bon mousquet de calibre, avec douze cartouches et sa poire à poudre. – Eh bien ! continua Athos, n’avez-vous pas entendu ce qu’a dit d’Artagnan ? – Qu’a dit d’Artagnan ? demanda Porthos. – D’Artagnan a dit que dans l’attaque de cette nuit il y avait eu huit ou dix Français de tués et autant de Rochelois. – Après ? – On n’a pas eu le temps de les dépouiller, n’est-ce pas ? attendu qu’on avait pour le moment quelque chose de plus pressé à faire. – Eh bien ? – Eh bien ! nous allons trouver leurs mousquets, leurs poires à poudre et leurs cartouches, et, au lieu de quatre mousquetons et de douze balles, nous allons avoir une quinzaine de fusils et une centaine de coups à tirer. – Oh ! Athos, dit Aramis, tu es véritablement un grand homme ! Porthos inclina la tête en signe d’adhésion. D’Artagnan seul ne paraissait pas complètement convaincu. Sans doute Grimaud partageait les doutes du jeune homme, car, voyant que l’on continuait de marcher vers le bastion, chose dont il avait douté jusqu’alors, il tira son maître par le pan de son habit. – Où allons-nous ? demanda-t-il par geste. Athos lui montra le bastion. – Mais, dit toujours dans le même dialecte le silencieux Grimaud, nous y laisserons notre peau. Athos leva les yeux et le doigt vers le ciel. Grimaud posa son panier à terre et s’assit en secouant la tête. Athos prit à sa ceinture un pistolet, regarda s’il était bien amorcé, l’arma et approcha le canon de l’oreille de Grimaud. Grimaud se retrouva sur ses jambes comme par un ressort. Athos alors lui fit signe de prendre le panier et de marcher devant. Grimaud obéit. Tout ce qu’avait gagné le pauvre garçon à cette pantomime d’un instant, c’est qu’il était passé de l’arrière-garde à l’avant-garde.
Arrivés au bastion, les quatre amis se retournèrent. Plus de trois cents soldats de toute arme étaient assemblés à la porte du camp, et dans un groupe séparé on pouvait distinguer M. de Busigny, le dragon, le Suisse et le quatrième parieur. Athos ôta son chapeau, le mit au bout de son épée et l’agita en l’air. Tous les spectateurs lui rendirent son salut, accompagnant cette politesse d’un grand hourra qui arriva jusqu’à eux. Après quoi, ils disparurent tous les quatre dans le bastion, où les avait déjà précédés Grimaud. CHAPITRE XLVII : Le conseil des mousquetaires Comme l’avait prévu Athos, le bastion n’était occupé que par une douzaine de morts, tant Français que Rochelois. – Messieurs, dit Athos, qui avait pris le commandement de l’expédition, tandis que, Grimaud va mettre la table, commençons par recueillir les fusils et les cartouches. Nous pouvons d’ailleurs causer tout en accomplissant cette besogne. Ces messieurs, ajouta-t-il en montrant les morts, ne nous écoutent pas. – Mais nous pourrions toujours les jeter dans les fossés, observa Porthos, après toutefois nous être assurés qu’ils n’ont rien dans leurs poches. – Oui, dit Aramis, mais c’est l’affaire de Grimaud. – Eh bien alors ! dit d’Artagnan, que Grimaud les fouille et les jette par- dessus les murailles. – Qu’il les fouille, oui, dit Athos ; mais qu’il les jette par-dessus les murailles, non, car ils peuvent nous servir. – Ces morts peuvent nous servir ? dit Porthos ; ah çà, vous devenez fou, cher ami. – Ne jugez pas témérairement, disent l’Évangile et M. le cardinal, reprit Athos ; combien de fusils, messieurs ? – Douze, répondit Aramis. – Combien de coups à tirer ? – Une centaine. – C’est tout autant qu’il nous en faut ; chargeons les armes. Les quatre mousquetaires se mirent à la besogne. Comme ils achevaient de charger le dernier fusil, Grimaud fit signe que le déjeuner était servi. Athos répondit, toujours par geste, que c’était bien, et indiqua à Grimaud une espèce de poivrière où celui-ci comprit qu’il devait se tenir en sentinelle. Seulement, pour adoucir les ennuis de sa faction, Athos lui permit d’emporter un pain, deux côtelettes et une bouteille de vin. – Et maintenant, à table ! dit Athos. Les quatre amis s’assirent à terre, les jambes croisées comme des Turcs, ou comme des tailleurs. – Ah çà ! maintenant, dit d’Artagnan, que nous n’avons plus la crainte d’être entendus, j’espère que vous allez nous faire part de votre secret, Athos ?
– Je me vante de vous procurer à la fois de l’agrément et de la gloire, messieurs, dit Athos. Je vous ai fait faire une promenade charmante ; voici un déjeuner des plus succulents et cinq cents personnes là-bas, comme vous pouvez le voir à travers les meurtrières, qui nous prennent pour des fous ou pour des héros, deux classes d’imbéciles qui se ressemblent assez. – Mais ce secret ? demanda d’Artagnan. – Le secret, répondit Athos, c’est que j’ai vu milady hier soir. D’Artagnan portait son verre à ses lèvres, mais à ce nom de milady la main lui trembla si fort qu’il le posa à terre pour ne pas en répandre le contenu. – Vous avez vu votre ?… – Chut donc ! interrompit Athos ; vous oubliez, mon cher, que ces messieurs ne sont pas initiés comme vous dans le secret de mes affaires de ménage. J’ai vu milady. – Et où cela ? demanda d’Artagnan. – À deux lieues d’ici à peu près, à l’auberge du Colombier-Rouge. – En ce cas, je suis perdu, dit d’Artagnan. – Non, pas tout à fait encore, reprit Athos, car à cette heure elle doit avoir quitté les côtes de France. D’Artagnan respira. – Mais au bout du compte, demanda Porthos, qu’est-ce donc que cette milady ? – Une femme charmante, dit Athos en dégustant un verre de vin mousseux. Canaille d’hôtelier ! s’écria-t-il, qui nous donne du vin d’Anjou pour du vin de Champagne, et qui croit que nous nous y laisserons prendre ! Oui, continua-t-il, une femme charmante, qui a eu des bontés pour notre ami d’Artagnan, lequel ; en échange, lui a fait je ne sais quelle noirceur dont elle a essayé de se venger, il y a un mois, en voulant le faire tuer à coups de mousquets ; il y a huit jours, en essayant de l’empoisonner, et hier en demandant sa tête au cardinal. – Comment ! en demandant ma tête au cardinal ? s’écria d’Artagnan pâle de terreur. – Ça, dit Porthos, c’est vrai comme l’Évangile, je l’ai entendu de mes deux oreilles. – Moi aussi, dit Aramis. – Alors, reprit d’Artagnan en laissant tomber son bras avec découragement, il est inutile de lutter plus longtemps autant vaut que je me brûle la cervelle et que tout soit fini. – C’est dernière sottise qu’il faut faire, dit Athos, attendu que c’est la seule à laquelle il n’y ait pas de remède. – Mais je n’en réchapperai jamais, répliqua d’Artagnan avec des ennemis pareils : d’abord, mon inconnu de Meung ; ensuite, de Wardes, à qui j’ai donné trois coups d’épée ; puis milady, dont j’ai surpris le secret ; enfin le cardinal, dont j’ai fait échouer la vengeance. – Eh bien ! dit Athos, tout cela ne fait que quatre, et nous sommes quatre, un contre un, pardieu ! Si nous en croyons les signes que nous fait Grimaud, nous allons avoir, affaire à un bien plus grand nombre de gens. Qu’y a-t-il, Grimaud ? En considération de la gravité de la circonstance, je vous permets de parler, mon ami ; mais soyez laconique, je vous prie. Que voyez-vous ? – Une troupe. – De combien de personnes ? – De vingt hommes. – Quels hommes ? – Seize pionniers, quatre soldats. – À combien de pas sont-ils ? – À cinq cents pas. – Bon ! nous avons encore le temps d’achever cette volaille et de boire un verre de vin. À votre santé, d’Artagnan ! – À votre santé, répétèrent Porthos et Aramis. – Eh bien donc, à ma santé ! quoique je ne ; croie pas que vos souhaits me servent à grand-chose. – Bah ! dit Athos, Dieu est grand, comme disent les sectateurs de Mahomet, et l’avenir est dans ses mains. Puis, ayant avalé le contenu de son verre, qu’il posa ensuite près de lui, Athos se leva nonchalamment, prit le premier fusil venu et s’approcha d’une meurtrière. Porthos, Aramis et d’Artagnan en firent autant. Quant à Grimaud, il reçut l’ordre de se placer derrière les quatre amis afin de recharger les armes. Au bout d’un instant on vit paraître la troupe, elle suivait une espèce de boyau de tranchée qui établissait une communication entre le bastion et la ville. – Pardieu ! dit Athos, c’était bien la peine de nous déranger pour une vingtaine de drôles armés de pioches, de hoyaux et de pelles ! Grimaud
n’aurait eu qu’à leur faire signe de s’en aller, et je suis convaincu qu’ils nous eussent laissés tranquilles. – J’en doute, observa d’Artagnan, car ils avancent fort résolument de ce côté. D’ailleurs il y a avec les travailleurs quatre soldats et un brigadier armés de mousquets. – C’est qu’ils ne nous ont pas vus, reprit Athos. – Ma foi, dit Aramis, j’avoue que j’ai répugnance à tirer sur ces pauvres diables de bourgeois. – Mauvais prêtre répondit Porthos, qui as pitié des hérétiques ! – En vérité, dit Athos, Aramis a raison, et je vais les prévenir. – Que diable faites-vous donc ? s’écria d’Artagnan. Vous allez vous faire fusiller, mon cher. Mais Athos ne tint aucun compte de l’avis, et montant sur la brèche, son fusil d’une main et son chapeau de l’autre : Messieurs, dit-il en s’adressant aux soldats et aux travailleurs, qui, étonnés de cette apparition, s’arrêtaient à cinquante pas environ du bastion, et en les saluant courtoisement ; messieurs, nous sommes quelques amis et moi en train de déjeuner dans ce bastion. Or, vous savez que rien n’est désagréable comme d’être dérangé quand on déjeune : nous vous prions donc, si vous avez absolument affaire ici, d’attendre que nous ayons fini notre repas ou de repasser plus tard, à moins qu’il ne vous prenne la salutaire envie de quitter le parti de la rébellion et de venir boire avec nous à la santé du roi de France…. – Prenez garde, Athos, interrompit d’Artagnan ; ne voyez-vous pas qu’ils vous mettent en joue ? – Si fait, si fait, dit Athos ; mais ce sont des bourgeois qui tirent fort mal et qui n’auront garde de me toucher. En effet, au même instant quatre coups de fusil partirent, et les balles vinrent s’aplatir autour d’Athos, mais sans qu’une seule le touchât. Quatre coups de fusil leur répondirent presque en même temps, mais ils étaient mieux dirigés que ceux des agresseurs : trois soldats tombèrent tués raide et un des travailleurs fut blessé. – Grimaud, un autre mousquet ! dit. Athos toujours sur la brèche. Grimaud obéit aussitôt. De leur côté, les trois amis avaient chargé leurs armes ; une seconde décharge suivit la première ; le brigadier et deux pionniers tombèrent morts, le reste de la troupe prit la fuite. – Allons, messieurs, une sortie, dit Athos. Et les quatre amis s’élançant hors du fort parvinrent jusqu’au champ de bataille, ramassèrent les quatre mousquets des soldats et la demi-pique du brigadier, et convaincus que les fuyards ne s’arrêteraient qu’à la ville, reprirent le chemin du bastion, rapportant les trophées de leur victoire. – Rechargez les armes, Grimaud, dit Athos, et nous, messieurs, reprenons notre déjeuner et continuons notre conversation. Où en étions-nous ? – Je me le rappelle, dit d’Artagnan ; vous disiez qu’après avoir demandé ma tête au cardinal, milady avait quitté les côtes de France. – C’est vrai. – Et où va-t-elle ? ajouta d’Artagnan, qui se préoccupait fort de l’itinéraire que devait suivre milady. – Elle va en Angleterre, répondit Athos. – Et dans quel but ? – Dans le but d’assassiner ou de faire assassiner milord Buckingham. D’Artagnan poussa une exclamation de surprise et d’indignation. – Mais c’est infâme ! s’écria-t-il. – Oh ! quant à cela, dit Athos, je vous prie de croire que je m’en inquiète fort peu. Maintenant que vous avez fini, Grimaud, continua Athos, prenez la demi-pique de notre brigadier, attachez-y une serviette et plantez-la au haut de notre bastion ; que ces rebelles de Rochelois voient qu’ils ont affaire à des braves et loyaux soldats du roi. Grimaud obéit sans répondre ; un instant après, le drapeau blanc flottait au-dessus de la tête des quatre amis. Un cri de joie et un tonnerre d’applaudissements saluèrent son apparition. La moitié du camp était aux barrières – Comment, reprit d’Artagnan, vous vous inquiétez fort peu qu’elle tue ou qu’elle fasse tuer Buckingham ? mais le duc est notre ami. – Le duc est Anglais, le duc combat contre nous ; qu’elle fasse donc du duc ce qu’elle voudra, je m’en soucie comme d’une bouteille vide. Et Athos envoya à quinze pas de lui une bouteille qu’il tenait, et dont il venait de transvaser jusqu’à la dernière goutte dans son verre. – Un instant, dit d’Artagnan, je n’abandonne pas Buckingham ainsi, il nous avait donné de fort beaux chevaux. – Et surtout de fort belles selles, ajouta Porthos, qui, à ce moment même, portait à son manteau le galon de la sienne. – Puis, observa Aramis, Dieu veut la conversion et non la mort du pécheur.