Extrait du livre Plumes et Prises de bec
Plumes et Prises de bec de Mem Fox et Nicholas Wilton aux éditions Les 400 coups
Plumes et Prises de bec
Il y a très longtemps, dans un pays lointain, des paons magnifiques vivaient au cœur d’un jardin luxuriant.
Non loin de là, une bande de cygnes gracieux avait élu domicile parmi les joncs et les roseaux d’un lac aux eaux limpides.
Le premier paon rompit de nouveau le silence. – Je crains les cygnes, dit-il. Ils sont forts et puissants. S’ils le voulaient, ils pourraient nous chasser de nos jardins, nous obliger à voler ou encore nous forcer à nager. Çà et là, des paons agitèrent leurs plumes d’un air inquiet. – Quel terrible malheur ce serait ! s’écria l’un d’eux. C’en serait fini de notre foyer, de notre bonheur, de notre vie ! Cette déclaration fut accueillie par des murmures inquiets. Il fallait agir sans tarder.
C’est ainsi que les paons entreprirent de ramasser une énorme quantité de plumes qu’ils taillèrent en pointe pour en faire des flèches et qu’ils dissimulèrent dans les coins sombres du jardin. Le premier paon, qui était aussi le plus stupide, reprit alors la parole d’une voix forte, de façon à être entendu des cygnes. – À présent, dit-il, nous sommes en mesure de nous défendre contre les cygnes. Nous allons leur lancer ces flèches en pleine gorge et les massacrer tous si jamais ils essayaient de changer notre façon de vivre.
Un jour, un des paons se mit à réfléchir aux mystères de la vie. – Quelle chose étrange que les cygnes puissent nager, dit-il d’un air songeur. Il est heureux, en vérité, que nous n’en fassions pas autant, car nous serions en grand danger de nous noyer. La queue en éventail, les autres paons méditèrent cette pensée profonde en opinant gravement du bec. Le premier paon reprit la parole. – Quelle chose étrange que les cygnes puissent voler, déclara-t-il. Il est heureux, en vérité, que nous n’en fassions pas autant, car nous aurions l’air parfaitement ridicules. Les autres paons, tout en continuant à approuver du bec et à faire la roue, méditèrent cette nouvelle pensée.

























