Extrait du livre Poèmes de roches et de brumes
Poèmes de roches et de brumes De Carl Norac et Arno Célérier Editions Le port a jauni
Poèmes de roches et de brumes
Tout ce qu’il faut savoir sur les paysages, je ne peux te le dire, mais j’aimerais ici te le chanter.
Quand le temps devient paysage, je jette les minutes devant moi comme des graines d’herbe ou des grains de sable. Le chemin alors vient à moi, il y a des siècles dans ma poche, une lune ou deux, des brumes et des roches, quelques mots amoureux. On y trouve un instant qui passe et ne promet rien, sinon la beauté du monde qui tient dans une main, sans prétendre à l’éternité. – Ah ! L’éternité, pourquoi pas ? me disent soudain les brumes. Rien ne nous empêche de rêver aussi loin. Nous sommes vapeurs mais certains matins, comme toi, au déjeuner, devant un thé qui fume, nous voyons si clair en nous. C’est bon parfois d’être l’infini d’une seconde.
– Hé ! Les roches, vous êtes tendres sous vos airs de grosses pierres ! – Chères brumes, nous ne pouvons avoir cette douceur. Être solides, c’est plus fort que nous. – Mais non, insistent les brumes, nous parions qu’au fond, vous avez un cœur de fleur ou de champignon. – Et vous alors, les brumes ? Derrière vos lourdes fumées, votre façon de dire “je sais tout parce que je cache tout”, nous parions qu’au fond, vous êtes des papillons. Ce matin-là, sous le regard fleuri des roches, les brumes ne se lèvent pas, ne s’évaporent pas comme d’habitude. Pour la première fois, elles s’éloignent, douces et belles, en battant des ailes.






















