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L'Amazone, fleuve de la biodiversité

L'Amazone, fleuve de la biodiversité

9-12 ans - 38 pages, 6334 mots | 47 minutes de lecture
© Éditions du Ricochet, 2021, pour la 1ère édition - tous droits réservés

L'Amazone, fleuve de la biodiversité

L'Amazone, fleuve de la biodiversité

L'Amazone est un fleuve exceptionnel !

D'abord il est immense, l'un des plus longs du monde : il concentre à lui seul 18% des eaux douces déversées dans les océans de la planète. Avec près de mille affluents, il traverse six pays et couvre un tiers de l'Amérique du Sud ! 

Ensuite, des milliers de personnes vivent, travaillent et dépendent de lui depuis des millénaires. Aujourd'hui encore, scientifiques et archéologues découvrent des traces de ces civilisations précolombiennes.. Leurs modes de vie étaient toujours en osmose et en accord avec la nature. Sans jamais la dégrader ! Qu'en est-il aujourd'hui ? Comment l'arrivée des Européens et l'exploitation des matières premières a transformé le paysage amazonien ?

"L'Amazone, fleuve de la biodiversité" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre L'Amazone, fleuve de la biodiversité

L'Amazone, fleuve de la biodivsersité de Marie Lescroart et Catherine Cordasco aux éditions du Ricochet


Le règne de l’eau L’Amazone concentre à lui seul 18 % des eaux douces déversées par les fleuves dans les océans de la planète ! Marañón, Solimões, Amazone... Il est si long que, des sources à l’embouchure, il change deux fois de nom. À l’origine de ce gigantisme, les mille rivières qui s’y jettent ! Ensemble, elles drainent un immense bassin versant qui s’étend sur six pays et couvre le tiers de l’Amérique du Sud ! À l’embouchure de l’Amazone, on a déjà l’impression d’être en mer : le fleuve est si large qu’on ne voit plus ses berges ! Une fois l’estuaire franchi, son panache boueux reste visible dans l’Atlantique jusqu’à 300 kilomètres des côtes.
La couleur des rivières qui se jettent dans l’Amazone varie selon les terres qu’elles ont traversées. Globalement, on distingue deux grandes catégories : les « eaux blanches » (en réalité, beige-ocre) et les « eaux noires ». Les premières sont chargées en calcaire, en magnésium et en métaux alcalins arrachés aux roches des Andes. Ces minéraux rendent leurs berges particulièrement fertiles. Les rivières d’eau noire, elles, proviennent des massifs moins hauts qui bordent le nord et le sud de l’Amazonie. Leur richesse en tanins végétaux leur donne la couleur du thé, mais les Brésiliens les surnomment « rivières Coca-Cola ». Leurs eaux, très acides, sont presque stériles. C’est pourquoi le bien nommé rio Negro (rivière noire) est surnommé « le fleuve de la faim ». L’avantage, c’est que même les larves de moustiques ont du mal à s’y développer ! Lorsqu’elles se rencontrent, les eaux blanches et noires cheminent côte à côte pendant des kilomètres sans se mélanger. À Manaus, ce phénomène attire les touristes. L’Amazone est en crue chaque année en mai, fin de la saison des pluies. À certains endroits, son niveau dépasse alors de quinze mètres celui de la saison sèche ! Habituellement, ses affluents ont des crues décalées dans le temps, ce qui limite la montée de ses eaux. Mais ces dernières années, ils ont tendance à se synchroniser et l’Amazone atteint des niveaux record
L'Amazone, fleuve de la biodivsersité
« Voilà ce qui arrive d’habitude en Amazonie : l’observateur mobile qui parcourt le bassin a l’impression, après plusieurs kilomètres, de se déplacer dans un itinéraire fermé, composé des mêmes plages, des mêmes îles et des mêmes forêts d’igapos , qui s’étendent à perte de vue. » Euclides da Cunha, L’Invention de l’Amazone, éd. Chandeigne, 2020
Un fleuve XXL Un serpent d’eau glisse sans fin, traversant de part en part l’Amérique du Sud, depuis les Andes péruviennes jusqu’à l’océan Atlantique... Au printemps, ce géant lunatique se met à grossir : l’eau envahit les berges, se faufile entre les herbes et les troncs de la varzea. Où est la terre, où est le fleuve ? L’homme a appris à vivre au gré des humeurs de l'Amazone. Il a perché ses maisons sur pilotis, adopté un mode de vie presque amphibie pour profiter des fruits des amours de l’eau et de la forêt : sol fertilisé à chaque crue, baies des arbres et des palmiers, poissons bizarres et délicieux glissant dans les eaux boueuses... L’Amazone mérite qu’on lui passe ses caprices. Il tient un rôle central dans l’équilibre climatique et hydrologique de la planète ; il est l’artère vitale de l’immense forêt où les espèces vivantes sont plus nombreuses que partout ailleurs. Longtemps, le roi des fleuves fut la seule voie d’accès vers le cœur de cette mystérieuse cathédrale végétale. Indomptable et souverain, il reste une source d’inspiration pour les scientifiques, les explorateurs et les poètes. La longueur du fleuve fait débat tant ses méandres sont nombreux. D’un dictionnaire ou d’une encyclopédie à l’autre, les chiffres varient de 6 259 à 6 800 kilomètres. L’Amazone se retrouve ainsi à la première ou à la deuxième marche du podium des plus longs fleuves du monde, avec son rival, le Nil.
Un fleuve insaisissable Localiser la source de l’Amazone, point du bassin versant le plus éloigné de l’embouchure, est un sacré défi. Chacun de ses mille affluents présente lui-même au moins dix affluents !D’où les querelles d’experts pour décider où se trouve l’ultime « robinet d’alimentation » du géant. L’un des meilleurs candidats est un modeste ruisseau sortant d’un lac péruvien à plus de 5 300 mètres d’altitude, alimenté par un glacier situé sur le volcan Mismi, dans les Andes péruviennes. Ce ruisseau se jette dans la rivière ApurÍ mac , laquelle débouche dans la rivière Ucayali, puis dans l’Amazone. C’est le photographe et explorateur américain Loren McIntyre qui a fait cette découverte lors d’une expédition menée en 1971 pour la National Geographic Society. Le lac porte désormais son nom, et un modeste panneau sur la falaise, à l’endroit où naît le ruisseau, rappelle son exploit.
Des Andes jusqu'à l’Atlantique Descendre l’Amazone, c’est entreprendre une croisière aussi longue qu’un aller-retour Brest-Moscou. Les belles escales s’enchaînent ! Chaque année, de mai à juillet, à San Ignacio de Moxos (Bolivie), la fête Ichapekene Piesta réinterprète à la sauce amérindienne le culte de saint Ignace de Loyola, patron de la ville. Inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, elle met en scène, lors de défilés en musique, la vie de ce saint qui fut d’abord soldat, accompagné de douze « guerriers solaires » arborant une spectaculaire coiffe de plumes. D’autres participants portent le masque des ancêtres ou celui d’animaux de la forêt. Des feux d’artifice accrochés aux chapeaux tournoient, symboles de la lumière et de la clairvoyance nécessaires pour que les hommes d’origines différentes – amérindienne et hispanique – vivent ensemble, en harmonie.
L’importance écologique des lacs de Tarapoto (Colombie) est internationalement reconnue, et pour cause ! Nurserie pour les dauphins roses, gris et de nombreuses espèces de poissons, ils hébergent aussi des lamantins, des caïmans... Un mythe entoure cette zone de pêche essentielle aux Amérindiens. Il évoque une mystérieuse lumière verte qui illumine parfois le ciel, la nuit. Gare aux pêcheurs qui attraperaient alors un poisson : ils se retrouveraient décapités au lever du soleil ! Dans la réserve nationale Tambopata (Pérou), chaque matin, des dizaines d’aras et de perroquets se rassemblent pour picorer l’argile de la falaise collpa de Chuncho . Les minéraux qu’elle contient aident ces oiseaux à digérer. À la confluence du rio Javari et de l’Amazone, les frontières du Pérou, de la Colombie et du Brésil se rencontrent. Appelée Tres Fronteras, la région est célèbre pour la beauté de la nature et pour ses trafics en tous genres, plus ou moins licites... Constellation de 400 îles sur le rio Negro (Brésil), les Anavilhanas sont le plus grand archipel fluvial du monde. Ils font partie d’un ensemble de parcs et de réserves vaste comme deux fois la Belgique, qui constitue la plus grande aire protégée d’Amazonie. Lamantins, dauphins d’eau douce, tortues, loutres et tatous géants sont ici chez eux. Aucun pont ne traverse l’Amazone, mais un tel ouvrage existe depuis 2011 sur le rio Negro. Il est long de plus de trois kilomètres et demi et rallie Manaus et Iranduba au Brésil.
Chaque année, au mois de juin, la ville de Parintins (Brésil) voit sa population doubler lors de la fête du Bœuf ( Boi-bumba ). Comparable au carnaval de Rio, c’est la plus célèbre fête d’Amazonie. Elle a pour origine une légende du XVIIIe siècle : un riche fermier confie son bœuf préféré à un esclave noir nommé Francisco. Mais l’épouse de ce dernier, enceinte, est prise d’un désir violent de déguster de la langue de bœuf. Pour elle, Francisco tue l’animal puis, désemparé, s’enfuit. Poursuivi par son maître, il demande l’aide d’un sorcier qui ressuscite le bœuf. Francisco est pardonné, et tout le monde fait la fête ! Lieu de villégiature des habitants de Santarem, à 35 kilomètres de là, le village d’Alter do Chão est pris d’assaut par les touristes du monde entier depuis qu’un journal britannique a élu l’une de ses plages « la plus belle du Brésil ». L’Amazone rencontre à Alter do Chão les eaux claires de la rivière Tapajos. Freinées par le débit plus fort du grand fleuve, elles creusent dans le sable blanc un lagon aux airs de Caraïbes. En langue amérindienne, Marajó signifie « le bouclier de l’océan ». Grande comme la Suisse, cette île brésilienne qui sépare l’embouchure de l’Amazone au nord et le rio Para au sud est la plus grande île fluviale du monde. Ses 250 000 habitants élèvent les buffles et les chevaux dans un paysage de marais, animé par le vol des oiseaux. Le grand système récifal de l’Amazone s’étend sur 1 000 kilomètres du nord au sud, face aux côtes de Guyane française et du Brésil, et plonge jusqu’à 200 mètres de profondeur. Fertilisé par les eaux du fleuve, il est constitué d’éponges, de gorgones (une sorte de corail), de coraux noirs, d’algues calcaires... Une telle découverte en eau trouble, en 2009, a beaucoup étonné les scientifiques qui ont immédiatement plaidé pour la sauvegarde de cet écosystème déjà menacé par la prospection pétrolière.