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La vieille Herbe Folle

La vieille Herbe Folle

9-12 ans - 16 pages, 1639 mots | 14 minutes de lecture
© Éditions du Pourquoi pas, 2019, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La vieille Herbe Folle

9-12 ans - 14 minutes

La vieille Herbe Folle

Sous son immense chapeau de paille, elle est toujours à l’ombre. Qu’il fasse beau, qu’il neige ou qu’il pleuve en trombe, la petite bonne femme traverse les champs, cahin-caha, le nez au vent. Elle va là où son chemin la mène, là où sa nature la porte. Dans mon village, je m’en souviens, elle est arrivée un jour de poussière. Dans les champs, c’était le jour du grand traitement chimique. On aurait dit que c’était la guerre…

Un conte écologique qui réunit les rivières, les champs, la nature et le cœur des humains dans une même famille. Celle de la vie, de la fragilité et de la tendresse sur Terre.

Cet album a fait partie de la sélection Kibookin 2019 recommandée par le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

"La vieille Herbe Folle" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Raconté par Lynda

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Extrait du livre La vieille Herbe Folle

La vieille Herbe Folle de Jo Witek et Léo Poisson aux éditions Pourquoi Pas


La vieille Herbe Folle
Sous son immense chapeau de paille, elle est toujours à l'ombre. Qu'il fasse beau, qu'il neige ou qu'il pleuve en trombe, la petite bonne femme traverse les champs, cahin­caha, le nez au vent. À son passage souvent les gens jasent. Ils la prennent pour une folle à parler toute seule. -Pauvre vieille, regardez-­là s'adresser aux arbres! Si c'est pas malheureux! -Il paraît même que sous son chapeau, elle discute avec des poireaux! Derrière son dos, on persifle, mais celle qu'on surnomme la vieille Herbe Folle s'en moque. Elle va là où son chemin la mène, là où sa nature la porte.
Dans mon village, je m'en souviens, elle est arrivée un jour de poussière. Dans les champs, c'était le jour du grand traitement chimique. On aurait dit que c'était la guerre. Pas d'enfants, pas de chiens, plus de coccinelles ni de marguerites, juste des rangées de tanks-­tracteurs et des hélicoptères. Les hommes étaient masqués et moi, caché dans ma cabane, j'avais les yeux qui piquaient.
Sur le sentier forestier, du haut de mon arbre presque mort, je l'ai vue passer et quand elle a relevé la tête, j'ai réalisé qu'elle pleurait. -C'est à cause des produits, Madame, je lui ai dit, avant de lui préciser, mais ça ne va pas durer, ne vous inquiétez pas... -Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète. Tu habites ici? -Oui, Madame, je suis le fils du maire, je lui ai fièrement répondu. Mais ça n'a pas eu l'air de l'impressionner. Au contraire, car sans me sourire, ni même me questionner, elle m'a tourné le dos et a repris son chemin. Avait-elle une famille? Des animaux? Un enfant à garder? Je me suis demandé pour qui elle pouvait s'inquiéter. Intrigué par son mystère, je l'ai suivie jusqu'à la forêt. Et c'est là que je l'ai vue planter son tipi. Elle vivait seule. Sans personne pour l'aider. J'ai eu un peu pitié d'elle, toutefois je n'ai pas osé l'aborder. Elle était si vieille, si étrange, elle habitait en pleine nature: rien de très rassurant pour un enfant. Alors, prudent et sans un mot, je suis reparti.
C'est ainsi que la vieille femme dans le bois près de notre village s'est installée. Au début, les gens ont râlé. Au début, les gens se sont méfiés de l'étrangère qu'ils appelaient la vieille sorcière parce qu'elle parlait toute seule dans les rues et qu'elle vivait loin d'eux. À son passage, les mères demandaient aux enfants de rentrer. Moi, de ma cabane perchée, je la voyais souvent passer. Chaque fois, devant mon arbre presque mort, elle s'arrêtait. Chaque fois, comme une liane de ses deux bras elle l'enserrait et lui murmurait des choses que je ne comprenais pas. Je n'étais encore qu'un enfant et j'écoutais ma mère. C'est pour ça que je ne lui parlais pas. Le temps a passé. Les gens l'ont oubliée et les ragots à son sujet ont cessé. Jusqu'au jour où la récolte n'a pas assez donné. La suivante non plus. Furieux, les grands comme les petits propriétaires ont multiplié les jours de poussière, les jours de grande guerre. Sur la terre jusqu'au ciel, ils ont jeté des insecticides, des herbicides, des fongicides et autres produits en «cide», chargés de tuer tout ce qui empêchait la super-productivité.