Extrait du livre Dans les yeux du Loup
Le loup, souvent, hurlait ainsi, la gorge offerte et les yeux clos. Tout entier dans son cri. Tout entier abandonné à la nuit.
Trop occupé qu’il était à hurler, il ne la vit pas approcher, elle, la jeune fille. N’entendit pas son pas léger. Ni ne sentit son souffle ou son odeur boisée. Pas plus qu’il n’aperçut le poignard qu’elle tenait à la main.
En tout cas, c’est ce qu’elle crût. Qu’il ne l’avait pas vue. Elle grimpa le long d’un tronc noueux, se jucha sur une branche, et de là, sauta sur le dos de la bête, prête à lui trancher le col.
Au roi son père elle rapporterait le trophée. La tête du loup. Il en serait émerveillé, éperdu de fierté. Il approuverait son audace, applaudirait sa bravoure.
Et il l’aimerait enfin. Oublierait un moment ses fils préférés. Oublierait un instant sa reine adorée, et lui ouvrirait son cœur, à elle, sa jeune fille délaissée.
Du fil tranchant de la lame, elle voulut tuer le loup. Aussitôt, il la désarçonna. La bouscula. Joua avec sa proie.
Elle ne se défendit pas. Sans bouger, ni trembler, elle attendait la fin. Le coup de patte, le coup de dents. Qui ne vint pas.


























