Extrait du livre La danse des signes
La danse des signes de Marie Colot et Pauline Morel aux éditions du Pourquoi pas
La danse des signes
Ma vie est un film muet. Sans parole ni musique. Où chaque geste compte. J’aime observer le petit cinéma d’Emma. Ses yeux s’illuminent, ses mains s’agitent, sa bouche remue. Des mouvements si précieux pour la comprendre. — Théo ? Tu saisis ce que j’te dis ? Je n’entends pas mon amie. Je vois seulement les mots danser sur ses lèvres.
Je vis dans le silence depuis toujours. Un silence total. Tout le temps. Partout. — Même pendant les feux d’artifices et les orages ? — Hein ? Répète. — T’es vraiment sourd comme un pot, Théo ! Emma me lance un clin d’œil et s’exécute. Je me concentre… ça y est ! — Oui, promis, je n’entends rien de rien.
Mes journées à moi goûtent les fraises, sentent le chèvrefeuille et se régalent de la caresse du vent sur ma joue. Elles se gorgent de soleil autant que de pluie. Et elles défilent au rythme du langage codé qu’Emma et moi, on s’est inventé. Avec un alphabet de grimaces et de mimiques. Comme il ne fonctionne pas toujours, j’ai appris la langue des signes à Emma. Ma langue à dix doigts pour parler sans bruit. L’index posé deux fois sur la bouche pour « bonbon ». Les poings serrés qui se saluent pour « d’accord ». — On dirait une chorégraphie, Théo ! Ça tombe bien : mon amie aime danser. Avec ses chaussures aux semelles bizarres qui ont du fer sous les orteils et le talon. Des claquettes. Quand elles frappent le sol, je sens leurs vibrations. Et la mère d’Emma débarque à l’étage, furax. Il paraît qu’elle ne s’entend même plus respirer.































