Extrait du livre Le voyage d'Ava : Femme de Cro-Magnon
Le voyage d’Ava: Femme de Cro-Magnon D'Erolf Totort Aux éditions Points de Suspension
C’est la plaine des lièvres, la Grande-Mère les fait naître de la terre. Je les attrape, un, deux, trois, ce soir, on se régalera. Plein soleil jusqu’au sable. Nous longeons les marais, c’est long, long, tellement long. Nous marchons des jours et des jours. Mon fils ramasse des fossiles minuscules. Après une halte aux sables fauves, nous descendons en canot vers les sources chaudes. Je regarde la lune et chante ta chanson. Là-bas, tu verras la plaine verte, les aurochs à perte de vue, tu continueras
Le voyage d’Ava: Femme de Cro-Magnon
Le voyage Il y a 22 000 ans, Ava vit avec son clan de cueilleurs-chasseurs entre la Loire et les Pyrénées. Ils suivent les saisons et les animaux, croient en la Grande-Mère. Ils ne savent pas comment on fait les enfants, font l’amour pour le plaisir, comme ils mangent ou dorment. Ils ont une vie rythmée et paisible. Ava est amoureuse d’Adama, chasseur nomade. Il part, lui laissant une chanson et une carte. Ava reste seule, rêve de lui, s’interroge, fantasme sur cet homme qui envahit son esprit. Elle met au monde un garçon qu’elle nomme Adam. Six ans plus tard, Ava et Adam partent retrouver Adama de l’autre côté des Pyrénées.
Au bord de la mer du couchant se dessine la silhouette de l’homme allongé Adama, je vais trouver le chemin jusqu’à toi. J’ai ta chanson dans ma tête et la carte que tu m’as laissée. Le jour se lève sur la vallée. Le ciel est clair, la buse tourne et appelle. Les rennes partent au nord. Le clan d’Anaya la chamane les suivra. Je pars vers le sud. J’emmène Adam, mon fils. Il marche bien. Il peut suivre. Il te ressemble. Je reviendrai pour la prochaine Fête du Renouveau. J’emporte des perles.
On chemine le long de l’eau qui court. On marche tout le jour. On pêche écrevisses, escargots, poissons. La nuit venue, on se raconte les histoires. On marche jusqu’à la grande boucle. La chanson d’Adama résonne dans ma tête. De l’autre côté, après les grandes montagnes blanches, plus loin
Je suis déjà venue ici, enfant, avec ma mère. J’entre dans la petite grotte, de la vapeur s’échappe de la terre. Nue, je me glisse dans la boue chaude. C’est si bon, meilleur qu’une peau de renne. Merci Grande-Mère, de m’accueillir dans ton ventre. Adam saute, ça gicle. Il rit. La boue sort d’entre ses doigts de pied. L’argile rouge me caresse la peau, je suis douce, je reste là. Devant le rocher du Grand Hibou, on accoste. J’entends les tailleurs de silex. Je me faufile entre les blocs de pierres dressées, jusqu’à eux. Une vieille femme enseigne l’art de faire de belles pointes. Viens mon fils, viens voir ce beau silex noir. Vers le soleil de midi, jusqu’à la porte de pierre claire, que tu traverseras
Une journée de marche au levant pour atteindre l’atelier de sculpture. L’horizon est ombragé par une harde de mammouths. Ils partent, laissant derrière eux la carcasse de leur frère. Au sommet de la petite colline, devant l’abri, les sculpteurs débitent les défenses fraichement apportées. Je leur montre ma statuette de maternité, ils m’accueillent. On échange nos perles. Je reste avec eux. Je taille, sculpte, polis, perce, grave l’ivoire frais. Je reprendrai la route à la prochaine lune. Tu marcheras, tu marcheras, tu marcheras, toujours vers le soleil Adama me fredonnait chaque matin sa chanson. Il ne voulait pas que je me perde. Il voulait que je vienne. Petite lune, te revoilà, tu le vois ?



























