Extrait du livre Jean-Pierre la brebis
Jean-Pierre la brebis était bien dépitée et se disait : “ C’est ennuyeux, je ne donne pas de lait. ”
Toutes ses copines en avaient les pis remplis : Blanca, Chabadabada, Spinoza, Georgette.
Jean-Pierre s’interrogeait. “ Et pourquoi, moi, je n’y arrive pas ? ” “ Voyons, Jean-Pierre, grognait le berger, arrête donc de traîner cet air malheureux ! ”
“ Je ne sers à rien …” soupirait Jean-Pierre. “ Je suis une brebis ratée. ”
Pourtant Jean-Pierre sentait que le berger l’aimait bien. Il lui permettait de dormir à ses côtés les nuits d’orage et lui racontait même des histoires. C’était des histoires terrifiantes, peuplées de chèvres folles et de monstres noirs, pas vraiment des histoires pour petite brebis inquiète. Mais Jean-Pierre écoutait gentiment pour ne pas le vexer.
Un matin, le berger avait gardé Jean-Pierre près de lui alors qu’il préparait le fromage de brebis. C’était un souvenir aussi délicieux que cruel. Qu’il était difficile de contempler le bonheur du vieil homme lorsqu’il touillait le lait pour le faire cailler ! Mais que ça sentait bon ! Jean-Pierre en avait eu des tourbillons dans le ventre. Moment de folie ? Le berger lui en avait donné à goûter. Jean-Pierre s’en était délecté. “ Quelle honte ! Trouver le caillé plus savoureux que l’herbe …”


























