Extrait du livre L'arbre de Tata
L’arbre de Tata écrit par Yu Liqiong et illustré par Zaü Aux éditions HongFei
L'arbre de Tata
Je me souviens bien du printemps de l’année de mes six ans. Une violente tempête avait ravagé notre village. En attendant la reconstruction de notre maison, papa et maman m’installèrent chez tata, qui habitait le bourg.
Je l’appelais tata, mais en réalité c’était la tante de papa. Elle était très vieille mais elle insistait pour que je l’appelle tata. Elle n’aimait pas vieillir.
Tata ne s’est jamais mariée. Mais ce qui m’a encore plus marquée chez elle, ce sont ses fausses dents. Chaque fois que je la voyais les chausser devant la glace, je n’avais qu’une envie : fuir ! Un jour, je lui ai demandé : « Si tu avais gardé tes vraies dents, quelqu’un t’aurait épousée. Tu ne crois pas ? » Tata prit son temps pour finir de fixer son dentier, avant de me rétorquer : « Ce ne sont pas les dents qui te manquent à toi. Pourtant tu n’es pas mariée ! » Je lui ai répondu par une grimace, mais ça m’a fait bien rire.
Le mur de la salle à manger était couvert de photos. Une jeune femme apparaissait plusieurs fois. Au début, je ne l’ai pas reconnue : c’était tata. Quand elle était jeune, tata lisait et voyageait beaucoup. Comme toutes les filles de son âge, elle a fait des tas de choses passionnantes : elle a chanté dans une chorale, a manifesté, est allée à la plage. Elle a aussi fait des choses défendues comme voler du maïs, se bagarrer ou fumer en cachette. Elle a connu le bonheur… et des peines.
Il y a peu de choses auxquelles tata tenait. À part plaisanter avec moi, elle aimait aller dans le petit jardin au bout de la rue. Elle pouvait y passer des après-midi entiers, assise sur un banc sans parler à personne. C’est peut-être ce qui arrive quand on vieillit ? Elle s’asseyait toujours sur le même banc, sous le sophora. Selon tata, cet arbre était déjà là quand elle était enfant. À cette époque, il occupait le milieu d’un grand parc. Depuis, les pelouses ont rétréci, les parterres de fleurs ont disparu, et des maisons ont poussé à leur place.





























