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Mes rêves au grand galop - Saison 1

Mes rêves au grand galop - Saison 1

9-12 ans - 69 pages, 20875 mots | 2 heures 31 minutes de lecture
© Utopique, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Mes rêves au grand galop - Saison 1

9-12 ans - 2 heures 31 minutes

Mes rêves au grand galop - Saison 1

À la suite d’un accident de vélo, Inès, treize ans, est clouée sur un fauteuil roulant. Ses rêves d’écuyère s’envolent mais sa passion pour les chevaux demeure. Lors des vacances de printemps, ses parents ont invité un couple d’amis parisiens et leur fils Sébastien, un garçon maussade qui déteste la campagne. Dès le début, la relation est tendue entre les deux adolescents si différents. Agacée, la jeune fille se réfugie dans le secret qui l’aide à supporter son handicap, secret rapidement découvert par le garçon. 

"Mes rêves au grand galop - Saison 1" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Mes rêves au grand galop - Saison 1

Mes rêves au grand galop - Saison 1 de Didier Jean & Zad, illustré par JingfengArt aux éditions Utopique


Mes rêves au grand galop - Saison 1
INÈS 1 J'habite une grande maison, la Lounade, un endroit calme où il fait bon rêver. Elle est bâtie sur une cour pavée avec un jardin à côté. Le plus souvent, on entend les oiseaux, parfois un saxophone ou le vent dans les carillons suspendus aux arbres du verger. Certains sont déjà en fleurs. Les cerisiers et les pêchers ont sorti leurs plus beaux boutons, et les bourgeons des pommiers pointent le bout de leur nez. Notre hameau, blotti au creux d’une vallée, est cerné par une forêt de châtaigniers qui nous tient au frais l’été. Mais aujourd’hui, pas le temps de m’y promener. C’est le branle-bas de combat. Ma mission, et je l’ai acceptée, est de passer l’aspirateur au rez-de-chaussée. À l’étage, ma mère secoue énergiquement les tapis, chasse les moutons sous les lits... Comme toujours, quand mes parents ont des invités, il faut que tout soit parfait. Et pour que tout soit parfait, il y a La Liste.
Ma mère adore les listes. Chaque corvée effectuée, proprement rayée, est une victoire. De courte durée, hélas, car de nouveaux objectifs sont sans cesse ajoutés. Une voiture s’annonce par un coup de klaxon. J’arrête l’aspirateur. L’escadron chargé du ravitaillement rentre à la base (point n°1 sur La Liste). Raoul, mon père, suivi d’Ulysse, le chien, sort les courses du coffre, quand Fleur, ma mère, crie depuis le premier étage : – Tu as pensé aux chipos ? – Tu oses me poser cette question, malheureuse ? À moi ? Le Grand Maître du barbecue ? répond Papa en levant la tête. – Oui, mon amour. Même avec une liste, tu es capable d’oublier la moitié des courses. Au magasin, mon père croise souvent deux ou trois « ronces » qui l’accrochent, des amis, des voisins, des stagiaires... et à force de parler avec les uns ou les autres, il finit toujours par rater une ligne sur la liste. Ce qui donne une quiche aux olives sans olives ou un moelleux au chocolat... sans chocolat ! Il entre, les bras chargés de sacs volumineux. – Qu’est-ce que tu as, ma chérie ? me lance-t-il en voyant ma tête. – Je n’ai rien... J’espère juste qu’ils sont sympas, vos copains ! Qu’ils méritent tout ce grand ménage qu’on accomplit en leur honneur... – Je suis comme toi, ma Toutouille, je ne les connais ni d’Ève ni d’Adam. Sabine est une copine de ta chère maman. Elle vient avec son ami et leur fils. Il n’y a pas de quoi stresser ! – Va expliquer ça à Maman... Ça fait trois jours qu’elle nous tape sur les nerfs avec ses préparatifs, dis-je en soupirant. Et puis, arrête de m’appeler Toutouille, Papa, j’ai treize ans ! Je le suis dans la cuisine et, ensemble, on déballe les courses. Ma mère nous rejoint aussitôt. – Sabine vient de m’appeler, annonce-t-elle. Ils ont quitté l’autoroute, ils seront là dans une heure. Ah, au fait ! Avant que j’oublie, tu as eu deux réservations pour ton stage. – Très bien, très bien, répond mon père avec satisfaction. Bon, je vais préparer la braise... Je ne suis pas pressée de retourner à mon aspirateur. La bouche pleine de questions, j’observe ma mère qui, sans perdre un instant, commence à mélanger de la farine et du beurre. Elle pourra bientôt rayer « gâteau » sur La Liste.
– Tu prépares quoi ? – Ma tarte poires-chocolat. – Oh ! Tu sors le grand jeu. Ça doit être important pour toi, cette visite ! Elle malaxe soigneusement le beurre dans la farine jusqu’à l’émietter. Puis elle verse doucement un peu d’eau avant de travailler à nouveau sa pâte. – Ta copine, Sabine, tu l’as connue comment ? – À la maternelle, c’était ma meilleure amie. Plus tard, on a suivi les mêmes études... – Ah bon ? Elle aussi est prof d’allemand ? – Eh oui ! Il en faut au moins une dans chaque collège ! – Pourquoi tu ne nous l’as jamais présentée, ta super copine ? Ma mère prend son temps pour répondre. Avec sa pâte, elle forme une boule qu’elle pose sur une coupelle pour la mettre au frigo. – Tu es bien placée pour savoir, ma petite caille, que la vie nous emmène sur des chemins imprévisibles. Elle se charge aussi parfois de couper les liens les plus solides... – Et vous deux, comment avez-vous renoué le fil ? – Tu te rappelles ce stage de formation que j’ai suivi à Paris avant Noël ? Sabine y était ! Tu imagines deux amies qui se retrouvent après treize ans de séparation, tout ce qu’elles peuvent avoir à se raconter ? Je hoche la tête. – C’est comme Sasha et moi. Si on ne se voit pas pendant une journée, on est en manque. Je comprends mieux pourquoi tu nous stresses autant ! Nous échangeons un regard complice. Et, après un sourire, elle reprend : – Chacune de notre côté, nous avons fait notre vie, avons eu un « petit ». Sébastien et toi avez le même âge. J’espère que vous vous entendrez bien. Je compte sur toi pour l’accueillir gentiment et le mettre à l’aise... Tu feras un effort, ma choupinette ? – Maman ! S’il te plaît ! Fais un effort, toi aussi. J’ai treize ans. Tu oublies ma choupinette et ma petite caille. Maintenant, tu m’appelles Inès, comme tout le monde ! Et puis, pour que ça se passe bien avec le fils de ta copine, ça ne dépend pas que de moi ! J’espère que ses parents lui auront donné des consignes identiques... Et je quitte la cuisine en poussant sèchement les roues de mon fauteuil roulant.
INÈS 2 Ma mère est la première à entendre la voiture qui monte le chemin. – Les voilà ! s’écrie-t-elle en se précipitant, tout excitée, dans la cour. Papa et moi la regardons par la fenêtre, amusés. – On dirait que Maman retombe en enfance... Soudain, le véhicule fait une embardée et quitte l’allée étroite pour verser dans le fossé. Je soupire : – Ça commence bien. – Et un sauvetage, un ! claironne mon père. – Papa, ça devient une habitude... La voiture du facteur le mois dernier. Celle de Papy et Mamie aux vacances de Noël... Bientôt, plus personne ne voudra venir chez nous. – Tu as raison, il va falloir élargir le passage. Nous sortons, lui poussant mon fauteuil, pour juger l’étendue des dégâts. Tant bien que mal, les trois passagers s’extraient de l’auto plus très mobile. Le premier à les accueillir est Ulysse. N’ayant pas oublié ses lointaines origines de « Terre-Neuve », il lèche les mains et les visages des malheureux accidentés, qui n’en demandent pas tant. On se sourit, on se serre la main, on s’embrasse. Même si je n’ose pas le regarder en face, je remarque tout de suite que le « petit » dont ma mère parlait mesure facilement 1,70 m, chausse à vue de nez du 43... et est plutôt beau gosse. Après les présentations, mon père propose d’aller chercher Michel, le voisin, qui a un tracteur. – On va sortir votre voiture de là, ne vous inquiétez pas ! – En attendant, nous pourrions vider le coffre, suggère Sabine. – Si tout le monde s’y met, on n’en a pas pour longtemps, ajoute Dimitri, son ami. Je réclame avec insistance de porter une valise sur les genoux et nous rejoignons la maison. Dimitri, balayant du regard la façade, annonce : – Je m’installerais bien ici, avec mon carnet à dessin. Elle m’inspire, votre maison. Se tournant vers Maman, Sabine explique :
– Il ne part jamais en vacances sans emporter de quoi dessiner. – Ravie de savoir que la maison vous plaît. Venez, nous allons vous indiquer vos chambres. Inès, tu guides Sébastien ? propose ma mère. Et elle entraîne les visiteurs à l’étage, me laissant seule avec ce garçon. – Tu vois, ma chambre est là. Si tu as besoin de quelque chose... On t’a installé dans le bureau, viens, je vais te montrer... J’ajoute : – Et la salle de bains est ici. Ça ne te dérange pas de la partager avec moi ? – Hum... ça ira. La pièce est entièrement couverte d’une mosaïque grandiose où des hippocampes évoluent au milieu d’un fond marin mêlant algues, étoiles de mer et coraux. Elle provoque en général des exclamations enthousiastes. Sébastien, lui, ne dit rien, mais son air blasé dissimule à peine un regard admiratif. – C’est mon père qui l’a réalisée. Pas mal, non ? – Pas mal... Je ne me démonte pas pour si peu. Je le conduis à sa chambre pour qu’il pose sa valise, puis, soucieuse de ne pas décevoir ma mère, je tente à nouveau de nouer le dialogue : – Il est sympa, ton collège ? – Je croyais que c’était les vacances ! On ne peut pas parler d’autre chose ? – Et tu veux parler de quoi ? – Pour l’instant, je voudrais surtout parler à un pote, répond-il en s’emparant de son portable. – Tu vas avoir du mal, il n’y a pas de réseau, ici. – Je le crois pas... Tu me fais marcher !? – Moi, si on me faisait marcher, je ne m’en plaindrais pas... Mais non, je confirme. Il n’y a pas de réseau. Par contre, si tu veux appeler de la maison, je peux te montrer où est le téléphone, dis-je, conciliante. On a la fibre. Sans même me regarder, les yeux vissés sur son écran, Sébastien ricane : – Oh là là, c’est moderne ici ! D’un tour de roues, je me détourne et le laisse en plan. On ne pourra pas dire que je n’ai pas essayé... Je rejoins ma mère et Sabine qui préparent l’apéro sur la terrasse. Sébastien me suit de loin et s’installe nonchalamment sur une chaise. Papa et Dimitri reviennent accompagnés de Michel, le voisin.
– Ça y est, la voiture est sortie d’affaire ! Son pare-chocs est un peu cabossé, mais ça lui fera des souvenirs... – On a raté notre entrée, plaisante Sabine, mais grâce à vous, la sortie est réussie. – Raoul, tu t’occupes des saucisses ? lance ma mère. Et vous, Michel, vous resterez bien avec nous pour l’apéritif ? – Non, je ne veux pas déranger. Je vous laisse entre jeunes. Pourtant, il ne se fait pas trop prier pour s’asseoir à la table installée sous la charmille. – Après tout, plus personne ne m’attend à la maison. Sauf le chat, mais à cette heure-ci, Môssieur paresse quelque part au soleil... Papa remplit les verres de son cocktail de mangue à la noix de coco (neuvième sur La Liste...) et on commence à faire connaissance. Du moins du côté des adultes, car entre Sébastien et moi, c’est plutôt le calme plat. Mon père propose un tour complet de la maison. Comme à chaque fois que l’on a du monde, il vante les mérites des solutions écologiques qu’il a choisies pour équiper la Lounade : chauffage solaire, récupération d’eau de pluie, toilettes sèches... Je l’interromps : – Prenez des forces avant la visite. Ça peut s’éterniser. Et je tends aux invités un plateau couvert de canapés préparés par mes soins (n°7 sur La Liste). Tout à leur rencontre, les parents ne nous prêtent plus aucune attention. Sébastien pianote frénétiquement sur le clavier de son téléphone. Il me snobe ? D’accord ! S’il veut jouer à ce jeu-là, je suis prête... Je m'éloigne discrètement.
SÉBASTIEN 3 Yes ! J’y suis ! J’ai franchi le niveau 5 ! Satisfait, je me redresse et j’aperçois la fille qui ressort de la maison en me lançant un regard de défi. Qu’est-ce que j’ai fait encore ? En deux, trois tours de roues, elle se retrouve à quelques centimètres de ma chaise et démarre l’air de rien une console posée sur ses genoux. La peste ! C’est la version qui vient de sortir... J’en rêve... Mes grands-parents voulaient m’en offrir une à Noël, mais vu mes résultats, mon père a mis son veto. Fasciné, j’ai du mal à cacher ma curiosité. Pourtant, je me retiens de lui poser une question, elle serait trop contente. Alors, pour donner le change, je tente de me concentrer sur une nouvelle partie... Mais l’écran de mon téléphone me semble soudain minuscule et mon jeu sans aucun intérêt. Le voisin se lève pour prendre congé. – Bon, c’est pas tout ça, j’ai une soupe qui m’attend. Faudra venir dessiner ma maison, hein ! Et la fontaine que Raoul a couverte de mosaïque. – Si on passait à table, nous aussi ? lance la copine de ma mère. Ce n’est pas trop tôt ! J’ai une de ces dalles. Monté sur ressorts, son mari bondit de sa chaise. – Zut, mes saucisses ! Il se précipite à l’arrière de la maison et revient quelques instants plus tard, dépité. – Elles ont brûlé. Inès, sarcastique, lui lance : – Je t’avais dit, Papa, de construire le barbecue dans la cour. – C’était pour éviter les odeurs... – Justement, les odeurs, ça permet de prévenir quand c’est cuit. – Ce n’est pas grave, rétorque sa femme, il y a de quoi manger pour un régiment... Mon père propose de donner un coup de main, et Raoul l’entraîne dans la cuisine. Ma mère et sa copine Fleur, trop heureuses de se retrouver, filent s’installer côte à côte sur un canapé. Et moi, je les suis, regrettant d’être là alors que j’aurais pu passer des vacances cool avec les copains...
Inès est en train de sortir des assiettes d’un buffet. Aussitôt, ma mère me lance un regard appuyé que je traduis facilement par : « Tu pourrais l’aider à mettre la table... » À contrecœur, je m’approche de la fille : – Attends, je vais le faire ! – Mais non, proteste-t-elle froidement. Je m’en occupe... Comme je dois avoir l’air penaud, elle s’adoucit un peu : – Excuse-moi. Mais je peux très bien me débrouiller seule ! – D’accord, d’accord, t’énerve pas, c’était juste pour t’aider. – Moi, j’en ai marre qu’on veuille toujours m’aider. Comme si j’étais une incapable... – C’est pas une raison pour m’incendier ! – Oh, laisse tomber, tu ne peux pas comprendre, bougonne-t-elle. C’est sûr, je ne peux pas comprendre. Elle m’engueule parce que je veux lui rendre service ! N’importe quoi... Après le repas, mon père, repu, se cale dans son fauteuil. – C’est bien chez vous... Qu’est-ce que c’est calme ! – Tout de même, vous ne vous ennuyez pas de temps en temps ? demande ma mère. – Tu parles, je lâche entre mes dents, c’est un trou ici. Inès, qui m’a entendu, rétorque avec un regard noir : – Faut pas croire ! On s’ennuie ni plus ni moins qu’en ville. – Les musées, le cinéma, ça ne vous manque pas ? insiste Papa. – On a deux cinés et un théâtre à moins d’une demi-heure, répond Raoul fièrement. – Question expos, c’est sûr, on ne risque pas l’indigestion, ajoute Fleur. Mais c’est l’occasion de monter à Paris. Dernièrement, on a adoré l’exposition Monet. Vous avez dû la voir ? Mes parents se regardent en silence. J’en profite pour intervenir : – Bah justement, celle-là, on l’a manquée. – C’est vrai, concède mon père, mais t’aurais pu éviter de le dire ! Raoul se lève, impatient : – Vous êtes prêts pour la visite ? Peu pressé de m'activer, je m’étire en bâillant : – Je croyais qu’à la campagne, la sieste était obligatoire... – Encore une idée reçue ! me lance celle qui a décidé de me pourrir mes vacances.