Extrait du livre Nous irons au bois
Nous irons au bois de Raphaële Frier et Zeynep Perinçek Editions Le port a jauni
Nous irons au bois
Le premier, je l’ai rencontré dans un parc de mon quartier. “Reste encore un peu, m’a-t-il supplié quand je me suis levé de mon banc, j’aimerais connaître la fin.” Il lisait par-dessus mon épaule.
Le deuxième m’a réclamé à boire quand je passais près de lui. Il n’avait pas plu depuis quarante jours.
Le troisième m’a invité chez lui un jour d’averse. “Tss ! m’a-t-il appelé, viens par ici te mettre au sec !”
Au contraire, le quatrième m’a chassé un soir d’orage. “Imbécile, ne reste pas là si tu ne veux pas te faire foudroyer !” J’aurais voulu l’emmener avec moi.
C’est derrière le cinquième que l’on s’était cachés pour s’embrasser. Le sixième était mort, je l’ai coupé pour l’emporter et je me suis chauffé tout l’hiver.
J’ai mangé les cerises du septième, les poires du huitième, les figues du neuvième.
Le dixième avait des branches solides et basses. J’ai grimpé dedans, jusqu’à sa cime. J’avais une vue de là-haut !



























