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La princesse mécanique

La princesse mécanique

9-12 ans - 45 pages, 5456 mots | 41 minutes de lecture
© Mage éditions, 2020, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La princesse mécanique

9-12 ans - 41 minutes

La princesse mécanique

Tandis que Stella est applaudie par un public conquis après une représentation à l’Opéra de Paris, une catastrophe sans précédent va bouleverser sa vie. Elle devient Miette et, reléguée dans les tréfonds de l’Opéra, elle devra réapprendre à vivre loin des feux de la rampe. Elle troque une troupe de danseurs étoile pour des personnages loufoques et rafistolés au grand cœur.

"La princesse mécanique" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre La princesse mécanique

La princesse mécanique de Lénia Major et Artémisia chez MAGE Editions


La princesse mécanique
Stella, la danseuse étoile Dans la loge la plus prestigieuse de l’Opéra de Paris, l’accessoiriste de la troupe Kukoï pose la malle de bois précieux. Il en ouvre les volets et aide son occupante à sortir avec précaution. — Comment allez-vous ce soir, Princesse ? Le voyage s’est-il bien passé ? Assise à la coiffeuse, la jolie Stella s’observe à la lumière des ampoules qui entourent le miroir. — Fatigant, comme toujours, soupire-t-elle. Comment va Boris ? Se prépare-t-il ? L’accessoiriste acquiesce en posant devant la princesse un diadème et un collier de perles.
— Notre danseur étoile va bien. Il est habillé et s’étire. Vous suis-je encore utile, ou puis-je m’occuper des autres danseuses ? — Ce sera tout, Vladimir, je vous remercie. Je dois maintenant me concentrer avant d’entrer en scène. Il quitte la loge sans bruit. Stella plante quelques épingles dans son chignon serré et fixe solidement son diadème sur ses cheveux dorés. Au cours des derniers mois, la troupe a présenté le ballet Casse-Noisette sur les plus belles scènes du monde : Moscou, New York, Londres, Berlin, Sydney. Chacune des représentations a été un succès ; la tournée triomphale s’achève ici à Paris, la Ville lumière. Chaque soir, dans son tutu blanc, elle est Clara. Chaque soir, dans sa veste rouge, il est le prince qui la défend contre le roi des Souris. Chaque soir, Stella et Boris sont plus amoureux l’un de l’autre, dans la vie comme sur la scène. Beaux, adulés comme de véritables stars, ils se sentent invincibles. Les jeunes spectatrices s’émerveillent en découvrant Stella et murmurent « Quelle beauté ! quelle grâce ! ». Les yeux des spectateurs brillent alors qu’ils s’imaginent aussi forts, agiles et séduisants que Boris, tenant dans ses bras la divine princesse.
L'accident Ce soir, la troupe joue le ballet pour la dernière fois, avant de prendre un repos bien mérité. Cette représentation se doit donc d’être la plus belle, la plus magique de toutes. Stella est prête. Son justaucorps scintille. Dans les coulisses, Boris l’attend. Elle le rejoint, lui presse la main ; ils échangent un sourire. Le murmure des spectateurs s’éteint en même temps que les lumières. Les premières notes de musique s’élèvent. — Que la féérie commence, mon bel amour, murmure Boris en baisant la main de Stella. C’est à toi ! — À tout de suite, mon adoré, lui répond la ballerine en se haussant sur les pointes.
Des centaines d’entrechats et quelques portés plus tard, le rideau se ferme. Lorsque la troupe s’avance pour saluer et que le machiniste rouvre les rideaux de velours, les spectateurs sont debout. C’est un véritable triomphe. Le public applaudit à en faire trembler la salle. Mais, soudain, un morceau du décor se détache dans un bruit infernal. Il s’écrase au centre de la scène, là où Stella saluait quelques instants auparavant, auréolée de lumière. Le choc est si violent que même son diadème est réduit en miettes. La troupe s’enfuit dans les coulisses, Boris en tête. Le public crie, des femmes s’évanouissent. Le rideau tombe et cache le désastre. Le machiniste gagne la scène, soulève Stella dont le corps désarticulé pend lamentablement. — Ce qui n’est pas cassé est déchiré, constate- t-il. Pas la peine de la réparer, on va la remplacer. Salut, Princesse !
Il s’accroupit, ouvre la trappe située au centre de la scène, y glisse Stella et referme sans un regret. Un peu plus loin, Boris enlève d’une pichenette un débris qui salit sa manche. Il soupire et se demande si c’est avec Natacha ou Anastasia qu’il dansera désormais. La trappe L’ouverture de la trappe fait tinter une poignée de clochettes sous le plancher du théâtre. Un faisceau lumineux déchire l’obscurité, éclairant de son cercle blanchâtre un tas informe de morceaux de bois, cartons et tissus. — Qu’est-ce qu’ils ont jeté, cette fois ? Voyons vite, avant que les Rats Peurs ne passent. Mais ? Par ma boîte à outils, c’est une main ! Risette, viens m’aider, dépêche- toi ! Ce dernier rapplique en vitesse, cognant les grosses semelles de ses lourdes bottes sur le sol. — Risette arrive, patron ! Risette aide !
Il se plie en deux, tend ses énormes bras. Avec des gestes brusques, il dégage les débris dans lesquels Stella a atterri. — Oh, ça ? Princesse danseuse ! souffle-t-il. Il la soulève avec une délicatesse surprenante, plie ses coudes pour la maintenir contre sa poitrine. — Ou plutôt ce qu’il en reste, le corrige celui qui porte une lampe-torche sur le front. — Cœur bat encore. Toi, répare, Maindor ? Maindor fait glisser le cercle de lumière le long du corps de Stella. — Je ne sais pas si je peux faire quelque chose, répond-il avec une moue dubitative*. Regarde-moi ce désastre... C’est tout cassé, tout fichu ; ça pendouille, y a plus rien qui tient. Je me demande si tu ne devrais pas la reposer et la laisser aux affreux à moustaches. Même si je la rafistole, elle ressemblera plus à une balayette qu’à une ballerine.
Risette fronce les traits noirs qui lui servent de sourcils. — Toi, répare, Maindor !!! Cette fois, il a haussé le ton et ce n’est plus une question. — Comme tu veux... Porte-la au Fatras ! Rappliquez, les Lampions ! Dans un courant d’air, une douzaine de lucioles à pales sortent d’une caisse en bois et volent au-dessus des têtes de Maindor et Risette. — Lumière, les Lampions. Suivez-moi à l’atelier ! L'atelier Risette dépose doucement Stella sur une large table de bois collée à un mur où sont accrochés des dizaines d’outils. Les Lampions s’immobilisent au-dessus de la tête de Maindor. — Par mes rabots, y a du boulot ! Il va me falloir des vis, des boulons, mon flonflon et une pincée de Poudrozieux... Longtemps, le bruit du marteau, de la scie, et le cliquetis des pièces métalliques résonnent dans l’atelier.
Quelques curieux, qui se demandent bien ce qui peut tirer à Maindor autant de « Par mes chignoles ! », « Par mes truelles ! », pointent le bout de leur nez et assistent à la complexe réparation. Lorsque Stella soulève les paupières, on l’observe. Le monstre dont l’énorme tête carrée se fend d’un large sourire se met à brailler : — Réveillée ! Puis une tête chignonnée se lance dans des vocalises qui résonnent douloureusement dans la tête de la ballerine. — Ré é é vei llééée ! — Wif wiwiwif ! — Maindor, elle est réveillée ! répète enfin un pantin. — J’arrive ! Maindor écarte ses compagnons. — Bonjour, Princesse ! Comment ça va ?