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Des lions même pas en cage

Des lions même pas en cage

9-12 ans - 17 pages, 2819 mots | 22 minutes de lecture
© Éditions du Pourquoi pas, 2018, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Des lions même pas en cage

9-12 ans - 22 minutes

Des lions même pas en cage

J’ai neuf ans. Je ne contrôle pas tout.     

Mais qu’est-ce que j’y peux moi, si maman est tombée amoureuse d’une fille qui s’appelle Christelle ? »

L’histoire d’un élève qui doit faire face aux autres élèves de sa classe du fait qu’il a 2 mamans.


"Des lions même pas en cage" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Raconté par Lynda

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Extrait du livre Des lions même pas en cage

Des lions même pas en cage De Arnaud Tiercelin et Ella Coutance Editions du Pourquoi Pas


Dans la vie, il y a plein de choses que je n’aime pas. Par exemple, le poisson à la sauce au citron. Moi, quand je vois un poisson, j’ai juste envie de le libérer dans l’océan ! Et de toute façon, je ne peux pas manger un truc qui vit dans l’eau sale, qui est tout poisseux et qui dort sans fermer les yeux ! Il y a aussi les poireaux, les brocolis et les navets mais ça, c’est comme tout le monde, non ? À l’école, c’est surtout la géographie que je n’aime pas. Parce que je ne sais jamais où sont les Pyrénées et les Alpes et toutes les rivières. C’est vrai, est-ce que c’est important de savoir si Toulouse, c’est à côté de Miami ou de Marseille ?
Mais ce que je déteste par-dessus tout, c’est quand elles viennent toutes les deux me chercher. Le soir au portail. Tous les soirs ! Même sous la pluie, même dans le froid ! En plus, elles se mettent bien en évidence et moi, ça me donne des frissons sur les bras. Ça crée une boule énorme dans le ventre qui remonte jusque dans ma gorge et qui y reste logée jusqu’à la maison. Plusieurs fois, je leur ai demandé de m’attendre au bout de la rue mais non, rien à faire, il faut qu’elles soient pile devant le portail. J’en ai marre, moi. Tous les soirs, les autres rigolent dans mon dos. Tous ceux de ma classe. Tous ceux de l’école. Tous ceux de la Terre. Ils se marrent quand ils me voient leur faire des bises. Je le sais bien. Même si ça se passe derrière leurs mains. Même si leurs mains cachent leurs rires. Moi, je stresse, je transpire et je ne peux rien dire. J’ai neuf ans. Je ne contrôle pas tout. Mais qu’est-ce que j’y peux moi, si maman est tombée amoureuse d’une fille qui s’appelle Christelle ?
Et pourtant, c’est vraiment bien l’école. Même si je ne suis pas le meilleur. Même si parfois, la maîtresse me fait réécrire la leçon de grammaire parce que j’ai fait trop d’erreurs. Ce qui est chouette à l’école, c’est le calcul mental sur l’ardoise. Surtout que la maîtresse compte nos réponses en équipe et que nous, l’équipe « des lions même pas en cage », on gagne presque à chaque fois. Normal, quand vous avez Hannah, Alice et Eddy dans votre groupe ! Ils sont tellement forts ! C’est nous qui avons choisi notre nom. Il est un peu long d’accord mais on n’a pas trouvé mieux. Les lions même pas en cage. Parce qu’on est des indomptables. Surtout Hannah qui est plus forte que tout le monde.
Quand maman a rencontré Christelle, au départ, elle ne m’a rien dit. Comme elle me l’a expliqué plus tard, c’était pour me ménager. Au début, maman disait qu’elle avait rencontré quelqu’un. Et moi, j’étais content vu qu’avec papa, je crois que ça faisait presque autant de temps que mon âge qu’ils n’étaient plus amoureux. Avant, ça me faisait mal de dire des phrases comme celle-là. Maintenant, c’est bon. Ça va. J’ai neuf ans. J’ai compris que voir mes parents ensemble, passer des vacances à la mer, manger des glaces tous les trois, faire des randonnées dans les dunes, des roulades dans le sable et des courses en marchant comme des crabes, je pouvais faire une croix dessus. Ça m’a fait mal. Même là, en y repensant, ça fait une petite piqûre dans le cœur.
Je m’en souviens bien quand Christelle est venue la première fois à la maison. Ça m’avait coupé le souffle. Je ne pensais même pas que c’était possible qu’une fille puisse aimer une autre fille, qu’une fille pouvait trouver beaux les yeux d’une autre fille. Quand Christelle s’est installée chez nous, elle et sa valise, mes jambes ont paniqué et j’ai filé directement dans le jardin pour jouer au ballon. Je me rappelle que j’ai pleuré. J’avais tellement peur de la suite. Pour me calmer, j’ai tiré comme un fou dans le ballon contre la porte du garage. La porte tremblait à chaque fois que je tirais. Des larmes coulaient sur mes joues. Sur mes vêtements. Partout autour de moi. Alors, quand la nuit est tombée, quand mon pied a été gonflé d’ampoules et de cloques, je suis rentré avec toujours des larmes. Mais elles étaient cachées. À l’intérieur. Christelle buvait un café dans la cuisine. Je me suis assis et j’ai essayé. J’ai essayé de parler. Mais, je ne suis pas resté longtemps. Ce n’était pas possible. Pas possible qu’une fille vienne habiter avec ma mère. Moi, j’en pensais pas grand-chose. Mais mes copains ! Hein, mes copains à l’école ? Qu’est-ce qu’ils allaient dire ? C’était pour ça que j’étais en colère. Alors, les premiers temps, dès que je rentrais de l’école, je filais dans ma chambre. Là au moins, j’avais ma musique et mon ordinateur. Et je passais des heures à jouer à un jeu où on construit une ville entière sur une île déserte. Et j’espérais bien pouvoir m’y échapper un jour.