Extrait du livre Mystères en Chine
Mystères en Chine de Alain Surget et Camille Ledigarcher aux éditions ABC Melody
Mystères en Chine
Chapitre 1 Dans le secret des hútòng Cela fait un moment que, dans le cadre d’un concours organisé par l’association Amitié France-Chine, Alex Moury étudie la Chine avec sa classe, faisant rêver ses CM2 à ce pays lointain auréolé de mystères. Et voilà qu’en ce mois de mai, après avoir sauté de joie en apprenant qu’ils sont les lauréats dudit concours et qu’ils ont
gagné un voyage de quelques jours en Chine, ils se retrouvent dans l’avion en direction de Pékin, avec leurs deux accompagnateurs, Mélanie et Farid ! Après un long vol et un décalage horaire de 6 heures, les élèves arrivent sous le ciel bleu dela capitale chinoise en tout début de matinée. Immédiatement accueillis à l’aéroport par une jeune femme du nom de Hua Lu, leur guide attitrée durant tout le séjour, à laquelle ils adressent tous un timide Nín hǎo !, « Bonjour ! » en chinois, ils sont conduits en métro à l’auberge de jeunesse Huŏ lóng, littéralement « Dragon de feu », réservé par l’association organisatrice. Après s’être installés dans des dortoirs à lits superposés, les enfants affamés se ruent dans la salle à manger où les attendent des baozi, ces délicieux petits pains cuits à la vapeur et farcis de légumes ou de viande, ainsi qu’une bouillie de riz liquide appelée congee, des yaourts, et des jianbing, des crêpes de farine de blé fourrées avec de l’œuf, de l’échalote hachée et de la coriandre, voire avec du fromage et du jambon. Les élèves sont très tentés par les crêpes et des youtiao, sortes de beignets en forme de bâtonnets, croustillants et mœlleux, et ils se régalent, certains se montrant plus adroits que d’autres dans le maniement des baguettes. Le petit déjeuner achevé, la classe emboîte le pas à Hua Lu qui a décidé de lui faire visiter les hútòng de Dashilan, tout proches de leur auberge de jeunesse. – Les hútòng sont d’anciennes ruelles qui serpentent à travers les quartiers traditionnels du centre-ville, explique la jeune femme. Ils ont été aménagés au cours de la dynastie des Yuan, aux XIII e et XIV e siècles, puis des Ming et enfin des Qing. Ils marquent l’histoire de Pékin depuis plus de 700 ans. C’est dans ces ruelles que vous verrez se dérouler la vie locale. Elles se réduisent
malheureusement, dévorées par l’architecture moderne et remplacées par des centres commerciaux. La municipalité a toutefois mis en place une politique de préservation de ces hútòng avant qu’ils disparaissent complètement. – Ce serait dommage, intervient Alex Moury. La ville perdrait une partie de son cachet. Les enfants empruntent Dazhalan Jie, une longue rue commerçante qui ouvre sur une impressionnante échoppe de soie de Chine orientale. – C’est le Ruifuxiang Silk, précise la guide. Cette fabrique de soie a été fondée en 1893, à la fin de la période Qing. Il faut vous imaginer cette rue à l’époque, remplie de pousse-pousse et de gens aux longs vêtements flamboyants portant la natte mandchoue. Plus loin, louvoyant entre touristes et Pékinois, le groupe s’arrête devant la pharmacie Tongrentang, un bâtiment construit sur trois niveaux et datant de trois siècles. – C’est un ancien dispensaire royal, dit Hua Lu. On y trouve plus de 3 000 références de médicaments ou d’herbes médicinales, et l’on y vend toujours des pilules et des potions. On y prépare des remèdes traditionnels et des médicaments occidentaux. – La société Tongrentang possède des succursales dans divers pays tels le Canada, la Grande-Bretagne, la Thaïlande, la Malaisie et la République de Corée, indique Farid. Elle ne sera pas longue à inonder le monde entier de ses produits. Au bout de la rue, c’est le cinéma Daguanlou qui attire les regards. – On y regarde encore des films dans des fauteuils en bois, et le hall d’entrée, qui sert aussi de salon de thé, présente une exposition permanente sur l’histoire du cinéma en Chine, avec de vieux projecteurs rouillés et des photos d’anciens acteurs chinois, commente la guide avant
de diriger les CM2 vers Yangmeizhu Xiejie , la rue qui mène dans la partie sud de Dashilan. Ici commencent vraiment les hútòng, souligne Hua Lu avec un geste de la main pour désigner la zone devant elle. Ce réseau de ruelles serpente entre plusieurs siheyuan, des maisons traditionnelles à étage disposant d’un enclos, d’un jardin et d’une cour carrée au milieu. À peine engagés dans Yangmeizhu Xiejie, une ancienne rue d’imprimeurs, les jeunes Français pénètrent de plain-pied dans la vie des Pékinois. Des boutiques ouvertes à tous les vents exposent leurs produits dans la ruelle et s’intercalent parfois entre de charmantes maisons de brique grise ornées de petits jardinets. Des lampions rouges sont suspendus aux branches des arbres et forment comme une voûte au-dessus du hútòng. Çà et là, de chaque côté des portes, des cages rondes abritant des oiseaux blancs participent à la décoration des façades. De nombreux
touristes, la plupart chinois, déambulent dans le hútòng. Un vendeur ambulant a arrêté sa carriole devant deux, trois tables entourées de chaises, et il propose des fruits, des baozi farcis à la pâte de haricots jaunes et présentés dans des récipients en bambou, des nouilles et des jiˇaozi, des ravioles en forme de croissants fourrés à la viande, aux légumes ou aux champignons. Le hútòng résonne de cris, de rires cristallins d’enfants, d’appels lancés de tous côtés. Des odeurs flottent dans l’air en un savant mélange d’épices, de viande rôtie, de fruits sucrés, de pains brûlés... Hua Lu emmène les élèves dans une étroite venelle qui conduit à un siheyuan, une maison fleurie à cour carrée. Là, deux mamies bavardent sur un banc tandis qu’un vieux monsieur, encore en pyjama, achève de boire son thé. – Nín hǎo! lance la guide, leur souhaitant le bonjour. Elle échange quelques mots avec les deux femmes, répond à une question du vieil homme, puis retourne dans la ruelle, la classe sur les talons. – Il y a un antiquaire plus loin, annonce-t-elle. Vous y découvrirez des céramiques anciennes, des statuettes, des vieilles affiches, des livres et même des albums Tintin traduits en chinois. – Oh, je veux en acheter un ! s’exclame Thomas. Pour prouver que j’étais bien en Chine ! – Ben, et tes photos alors ? À quoi elles servent ? lui retourne Cerise. – Et ça coûte cher ? veut savoir Moussah. Combien de... de dollars ? – La monnaie, en Chine, c’est le yuan , le reprend Mélanie. Le yuan est lui-même divisé en 10 jiao. – Mon peuple n’emploie pas souvent le terme yuan à l’oral, précise Hua Lu. Il parle plutôt de kuai, et de mao pour désigner le jiao, le dixième d’unité.
Pendant que la classe s’approche de la boutique de l’antiquaire, Hugo, Romain et Amytis s’attardent auprès des personnes âgées, leur faisant comprendre par gestes que l’endroit est très coquet avec son treillis de feuilles et ses lampions au-dessus de la cour. – Zhēn piàoliang ! tente Amytis pour exprimer que c’est joli, s’attirant des sourires. Les trois amis traînent donc un peu derrière les autres quand, au moment de rejoindre la ruelle, un homme surgit d’un étroit hútòng et heurte Hugo, le faisant presque tomber. – Hééé ! s’écrie le garçon en se retenant contre un mur. L’homme lâche un « Sorry! » et poursuit sa course dans la ruelle, un paquet sous le bras. – Il a l’air d’avoir un dragon aux trousses, relève Amytis en le suivant des yeux. – Il a perdu quelque chose, dit Romain en ramassant un objet. Il le montre à ses deux amis. – C’est un morceau qui s’est cassé sous le choc, constate la fillette. – Oui, mais qu’est-ce que c’est ? Un morceau de quoi ? bredouille Hugo en ouvrant de grands yeux. Absorbés par l’objet que Romain tient dans sa main, aucun ne remarque les deux individus qui, apparus à l’autre bout de la venelle, pestent de ne pouvoir se lancer à la poursuite du fuyard parce que la classe leur bouche le passage.
Chapitre 2 La queue du tigre Les trois amis entrent dans l’échoppe de l’antiquaire qui fleure bon le vieux papier alors que leurs camarades parcourent déjà des yeux et des doigts les merveilleux objets qui les attendent sur des étagères, au grand dam d’Alex, de Mélanie et de Farid qui leur répètent qu’ils ne doivent toucher à rien. Mais il est difficile de retenir ses



















