Extrait du livre Mystères à Paris
Mystères à Paris de Alain Surget et Louis Alloing aux éditions ABC Melody
Mystères à Paris
Chapitre 1 Les yeux du scribe Les lumières de Paris scintillent dans la nuit. Les rues achèvent de se vider. Seuls quelques véhicules circulent encore autour des places et le long des avenues. Face au vacarme incessant de la journée, la ville s’endort dans un léger ronronnement.
Dans le musée du Louvre, c’est le silence absolu. Des veilleuses éclairent faiblement les statues. Celles-ci font l’effet d’étranges divinités de pierre surgies des ténèbres. Les gardiens viennent d’effectuer une de leurs rondes et sont retournés dans la cabine de contrôle où divers écrans affichent les images des couloirs et des salles. Dans l’aile Sully du musée, tapie dans l’ombre épaisse du sarcophage de Tanethéréret, une chanteuse sacrée du dieu égyptien Amon, une silhouette attend. Au bout d’un moment, elle sort de sa poche un petit appareil de la taille d’un portable. « C’est le moment ! » décide-t-elle. Elle règle quelques paramètres puis enfonce une touche. À l’extérieur du Louvre, les postes électriques qui commandent une partie de l’éclairage du quartier émettent simultanément un bruit étouffé, comme une petite explosion. Le courant se coupe aussitôt, plongeant tout le secteur dans le noir. Dans le musée, les lampes et les caméras de surveillance s’éteignent d’un coup, et les systèmes d’alarme deviennent inopérants. S’éclairant avec une petite torche électrique, un sac en bandoulière, la silhouette quitte la salle des sarcophages, emprunte un escalier et monte à l’étage. Là, elle se dirige tout droit vers la salle 635 et s’arrête devant la vitrine qui protège le célèbre scribe assis. Elle dépose son sac sur le sol et en extrait un diamant de vitrier attaché à un fil. Elle colle une ventouse sur la paroi de verre, y fixe le fil puis, d’un mouvement circulaire, entaille la vitre d’un cercle. En tirant la ventouse vers elle, la silhouette retire en même temps le rond de verre. Elle extrait alors une pince très fine de son sac, enfile ses mains par l’ouverture et cisaille les deux griffes en cuivre qui retiennent chacun des yeux de la statue
Pendant un bref instant, la silhouette admire dans sa paume les deux éclats de calcaire blanc veiné de rouge, avec leur disque de cristal de roche enchâssé pour figurer les prunelles. Après quoi, elle les enveloppe dans une bande de tissu, les range dans son sac, récupère ses instruments, replace le morceau de verre dans son trou et se hâte de ressortir de la salle. * * * Trois jours plus tard, en fin d’après-midi, le car qui emmène la classe d’Alex Moury dans un voyage scolaire dépose ses jeunes passagers devant la pyramide du Louvre. – On va voir le scribe sans yeux, M’sieur ? lance Jasper comme les élèves empruntent l’accès prioritaire par le passage Richelieu, le maître ayant acheté d’avance les billets coupe-file.
– Oui, répond Alex. Nous allons visiter tout ce qui concerne l’Antiquité. – Cette histoire est tout de même incroyable ! intervient Mélanie qui, avec Farid, accompagne de nouveau les CM2. À quoi rime de dérober les yeux du scribe ? – D’après les infos, les enquêteurs estiment que le voleur, ou la voleuse, s’est laissé enfermer la veille dans le musée, dit Farid. Auparavant, il avait placé des explosifs dans des postes de commandes électriques. Il a télécommandé les explosions à distance, provoquant une gigantesque panne d’électricité, puis il a commis son forfait. On suppose qu’il a ensuite regagné sa cachette et a attendu le premier flot de visiteurs, le lendemain, pour se mêler à eux et ressortir du musée en toute innocence. – Ouais, confirme Jasper. Les gardiens n’ont remarqué le vol qu’au matin. Ils n’ont pas imaginé une seconde que la panne générale avait un lien avec le scribe. – Ils ont cru que le voleur avait quitté le Louvre pendant la nuit, poursuit Mélanie. Voilà pourquoi le service de sécurité n’a pas songé tout de suite à fouiller les gens avant de fermer l’aile au public. Quand il y a pensé, c’était trop tard. – Heureusement, maintenant c’est rouvert ! Je pourrai photographier le scribe sans yeux sous toutes les coutures... sans compter tout le reste, se réjouit Thomas qui a déjà son appareil à la main. Dans l’aile Richelieu, les enfants découvrent les œuvres de l’Antiquité du Proche-Orient : des vases, des statues de dignitaires et le fameux code d’Hammourabi taillé dans un bloc de basalte de plus de 2 mètres de haut. – C’est un texte juridique babylonien en écriture cunéiforme datant de 1750 avant notre ère, explique Alex Moury, invitant les élèves à examiner avec attention les signes en forme de clous.
Ils dépassent ensuite deux statues monumentales de taureaux ailés androcéphales, c’est-à- dire à tête humaine, puis longent une exposition de stèles et de statuettes avant d’arriver devant une magnifique frise en briques émaillées représentant des archers. – Cette frise décorait le palais du roi perse Darius, à Suse, vers 510 avant Jésus-Christ,indique Farid, son livre-guide à la main. Parvenus dans l’aile Sully, la classe pénètre dans le monde égyptien. – Où est le scribe ? Où est le scribe ? s’impatiente Jasper. – Patience, lui recommande Farid. Nous avons d’abord rendez-vous avec une momie. Ils parcourent un espace consacré aux divinités dont les statues trônent au milieu des salles, leur regard de pierre dirigé bien au-delà de la
file des touristes qui tournent autour d’elles. Les enfants s’agglutinent ensuite devant une momie recouverte d’un cartonnage constitué d’un large collier de perles et d’un tablier orné de scènes religieuses. Son masque funéraire est posé à côté, de même que des vases canopes contenant les viscères, le cœur et les poumons de l’homme. – Quand je pense qu’il y a un véritable mort sous les bandelettes, souffle Cerise pendant que Thomas prend photo sur photo. Le maître et ses deux accompagnateurs sont obligés d’arracher les élèves à leur contemplation de la momie pour les entraîner dans la salle des sarcophages. Plusieurs cercueils peints, debout, sont placés les uns devant les autres comme s’ils cherchaient à s’emboîter. Profitant de ce qu’Alex, Farid et Mélanie regardent ailleurs, Jasper a soudain l’idée farfelue d’aller se placer dans le superbe sarcophage de Tanethéréret, et il fait signe à Thomas de le photographier. – Tu es fou ! s’affole Moussah. Le couvercle va se refermer et Anubis va t’emporter au royaume des morts. À l’instant où Jasper ressort du sarcophage, il sent quelque chose sous son pied, se baisse, le ramasse et le fourre dans sa poche. La visite se poursuit à travers diverses galeries, allant de l’allée des sphinx aux vitrines qui présentent des ustensiles de la vie quotidienne, puis aux peintures et aux bas-reliefs qui évoquent les travaux des champs. – Y a pas le scribe ? interroge Jasper, visiblement déçu. – Il se trouve à l’étage au-dessus, répond le maître. Mais pour ne pas courir dans tous les sens, nous allons suivre l’itinéraire indiqué et découvrir d’abord l’art étrusque, grec, hellénistique et romain
Les élèves s’étonnent devant les monumentales urnes funéraires étrusques, dont l’une représentant deux époux allongés pour un banquet, avant de traverser des salles occupées par des statues grecques et romaines figurant les dieux et les déesses de l’Olympe. Ils s’arrêtent un instant devant la célèbre Vénus de Milo . Après quoi, Alex Moury mène sa troupe vers l’escalier Daru afin de monter au premier. Au pied des marches se dresse l’imposanteVictoire deSamothrace , culminant à plus de 5 mètres sur son socle évoquant une proue de navire. Au niveau 1, les enfants franchissent une suite de galeries remplies de vases grecs, de bas-reliefs, de bronzes et de sculptures romaines. Enfin, les CM2 retrouvent l’enfilade des salles égyptiennes, avec des statues de dieux et de pharaons. Les élèves s’attardent devant le dieu Amon protégeant Toutankhamon, et devant l’étrange statue du pharaon Akhenaton au visage allongé. Ils piétinent un moment derrière la longue file qui stagne devant la vitrine où siège le scribe assis. – C’est dingue, soupire Mélanie. Depuis qu’il n’a plus ses yeux, le scribe attire plus de monde que La Joconde.

























